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 Délima-Rose Dyela

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Délima-Rose Dyela
† Plante carnivore

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Date d'inscription : 07/09/2009
Nombre de messages : 15
Age : 29
Maître : Mèt têt ? Kalfu. Bon, d'accord, c'est un esprit. N'empêche.
Esclave : Certes, Nélie est payée. Mais certainement pas assez, vu tout le boulot qu'elle doit abattre.
Métamorphose : En furie si vous écrasez la moindre graminée chez elle.

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MessageSujet: Délima-Rose Dyela   Lun 7 Sep - 19:37


Délima-Rose Dyela



Identité


Nom(s) : Dyela
Prénom(s) : Délima-Rose
Âge & Date de Naissance : 26 ans, née le 02 août 2128
Groupe Sanguin : B+
Emploi : Mercenaire
État Civil : Orpheline ( ?) et célibataire
Groupe : Transfuge
Novice : aucun


Descriptions

Caractère : Délima est totalement incapable de mesure, et elle ne résiste pas beaucoup à ses envies. Si elle a envie d’oranges (en plus de les vouloir là tout de suite), elle n’en mangera pas une, mais un kilo. Si elle a sommeil, elle peut dormir quinze heures d’affilées. Elle n’a aucun sens du rangement et chez elle tout se transformerait vite en un capharnaüm qu’elle se contenterait d’enjamber si Nélie n’était pas là pour ramasser, nettoyer, ranger, tout en laissant à Délima l’illusion qu’elle n’a jamais touché à ses affaires.
En parlant de ses affaires, Délima y est très attachée. Elle ne supportera pas de perdre un objet (autant dire que sans Nélie elle piquerait régulièrement des crises), et encore moins de perdre un de ses « enfants ». Ses plantes sont en effet tout pour elle : elle a ainsi déjà porté le deuil d’une courge. Incapable de la moindre mesure, donc.
Entre deux crises de rage dues aux escargots parisiens particulièrement voraces, Délima se révèle pourtant être avenante, posée et attentive. Très attentive, d’ailleurs : elle écoute avec constance ses interlocuteurs, et prête attention au moindre geste. On pourrait croire qu’en cela, Délima montre l’intérêt qu’elle porte à l’autre. En réalité elle essaye simplement de déterminer si cet autre est réel ou pas. En cas de litige, un simple contact résout le problème : si les hallucinations peuvent la « toucher », elle, elle ne peut pas. Elle se met donc parfois à tripoter le bras de ceux qu’elle rencontre, même si cela va à l’encontre de son caractère.
En effet, on ne peut pas dire que Délima-Rose cherche le contact humain (ou vampirique, ne soyons pas sectaire). L’affection, l’amour, le besoin des autres la dépassent. Ce n’est pas tant que ce soit un cœur de pierre, ou une nature pervertie et froide. Simplement, elle a ses plantes, son Lwa et ses histoires. Surtout son Lwa. Comme cela est parfois l’usage, elle a contracté un mariage mystique avec le Lwa qui l’a possédée en premier. Et elle prend ce mariage très au sérieux, considérant que là est la clé de la richesse, de la santé, et quelque part, du bonheur.
Parce qu’étrangement, Délima-Rose est d’une nature heureuse. C’est toujours une enfant, qui adore les histoires, grimper dans les arbres, et sauter dans les flaques. Elle a bien des accès d’apathie (bien souvent dus à la pluie parisienne, trop douce et terriblement insidieuse), mais plus que de la mélancolie, c’est de la saodad : une mélancolie jubilatoire.
En somme, c’est une Vierge Marie qui a raté l’heure de son annonciation, et qui a accouché d’une jungle.


Apparence :
Il est presque impossible de dire si Délima-Rose est belle ou pas, car la première chose que l’on remarque lorsqu’on croise son chemin, ce sont ses tatouages d’un noir bleuté. Elle porte en effet fièrement tout un ensemble de lignes, des signes et mêmes de mots sur son corps. Sur la paume de ses mains, elle porte la moitié du signe des Marassa, le Jumeaux. Du dos des mains partent en triangles des arabesques divers formant parfois des mots et des dessins : cela raconte le « temps de la Guinée ». Ces tatouages continuent sur ses épaules et s’épanouissent entre la naissance des seins, le cou et la limite du visage : ce sont essentiellement des symboles vaudouns entrelacés, visant à sa protection. Dans son dos, le long de la colonne vertébrale est dessiné le symbole de Loko, qui est sensé la protéger contre les attaques, et de chaque côté, un ensemble de dessins et de mots extrêmement serrés, et qui pour le moment s’arrêtent au tiers du dos : c’est sa vie qui y est racontée –pour qui sait lire ce genre de choses –. Régulièrement, elle fait continuer ces dessins par un tatoueur à qui elle fournit l’encre spéciale et les modèles.
Le plus frappant restent les tatouages qu’elle porte sur son visage : trois points en triangle sur le menton, et sur le côté droit de sa figure, entre la naissance des cheveux et le milieu de la joue, le vèvè représentant son « lwa » : c’est-à-dire le nom du « lwa » qui l’a « chevauchée » lors de son initiation, Kafu, ainsi qu’une croix. Si les tatouages sont courants, de nos jours, chez les adeptes du vaudoun, étant donné qu’ils sont considérés comme protecteurs, il est plutôt rare de voir cette coutume poussée à cette extrémité.
Les tatouages qu’elle porte au visage attirent bien évidemment tous les regards, les autres pouvant presque passer pour un gorgerin et des manches de dentelle. A tel point que toute l’attention se fixe sur ces dessins, et ignore les autres traits physiques de Délima. Rare sont les gens à s’être aperçu qu’elle était plutôt grande, élancée et aux formes généreuses, qu’elle avait un visage rond et plein, telle une madone. Ses grands yeux noirs et ses cheveux de jais, qui pourtant étaient sa fierté, ne semblaient être que des coulées d’encre échappées de sa peau.

Maladies : Dépendance (forte) à la datura metel, qu’elle prend plusieurs fois par jours en infusion ou en préparation à fumer. La toxicité de la plante est telle qu’à forte dose, elle empêche de distinguer le réel de l’imaginaire, et donne des hallucinations d’une qualité surprenante.
Ça tue aussi les doryphores, pratique, non ?

Lieu d'habitation : Délima-Rose s’est trouvé un petit appartement tout à fait adapté à ses occupations : une vaste serre d’un style art déco, dans ce qu’il reste du jardin des plantes. A vrai dire, la serre qui semble aujourd’hui dans sa prime jeunesse était dans un piteux état lorsque Délima l’avait acquise. Une grande partie de la fortune qu’elle avait amassée en Haïti lui avait servit à la remettre en état. La structure avait été remontée fidèlement, et toutes les vitres manquantes avaient été remplacées. A l’intérieur, le grand bassin des plantes aquatiques avait été recreusé dans la couche de sédiments qui s’était accumulée, et remis en eau. Tout au fond, dans ce qui était avant la zone d’hivernage des orangers, les vitres avaient été remplacées par des carreaux de faïence bleue, verte et blanche. Sur certains carreaux, des scènes représentaient quelques unes des légendes de son folklore natal. Cette sorte d’alcôve de faïence lui servait de lieu de vie. L’endroit n’était absolument pas fermé sur la serre, au contraire : sans portes ni murs, la lisière entre les deux était imperceptible : la grande alcôve servait à la fois de pépinière (quelques carreaux avaient étés enlevés pour que telle ou telle plante soit éclairée), d’incubateur et de laboratoire expérimental à Délima. C’est donc dans un fatras de plantes et de meubles divers (notamment un grand nombre de fauteuils profonds, qui pour certains laissaient une plante pousser à travers leur assise crevée) que l’on pouvait essayer de reconnaître les divers endroits nécessaire à une vie confortable. Là, la cuisine, qui servait visiblement aussi de plan de travail pour diverses expériences liquides plus ou moins dangereuses (quelques trous et traces de flammes sur le bois ne laissait pas de doute là-dessus, pas plus que l’amas de fioles, mortiers, plantes séchées et animaux divers dans des bocaux). Ici, le salon, qui possédait une petite table en fer forgé au plateau mosaïqué, portait encore les traces d’une soirée plutôt alcoolisée : une grande bouteille d’un rhum distillé sur place, un phonographe qui grésillait encore un air de Boccherini, un verre vide renversé sur des cartes éparpillées sur la table. Contre le fond, voilà la chambre, composée d’un vaste lit. Du plafond, de grands tissus colorés tombent et enveloppent le lit. Et la salle de bain, me direz-vous ? Et bien, à une des extrémités de la grande alcôve, un bassin assez profond lui sert de baignoire. Ce bassin communique avec le grand bassin des plantes aquatiques par une rigole, l’eau étant purifiée par les plantes que Délima avait installé dans sa « baignoire ».
Le reste de la serre se découpait en six quartiers. D’abord, le plus près de la porte (vitrée, évidemment) d’entrée, la zone des fruitiers et des plantes aromatique accueillait chaleureusement le visiteur (et ce n’est pas qu’une façon de parler, la chaleur qui règne dans la serre étant étouffante). Après cette sorte de verger, une allée pavée sépare la serre en deux. A droite, le bassin précédemment évoqué se développe sur toute la longueur de la serre. Ce ne sont d’abord que des graminées d’eau, des plantes aquatiques fleuries, puis des plantes de plus en plus grande, jusqu’à un gros arbre, assez étrange, dans un renflement circulaire du bassin (ça lui avait d’ailleurs coûté une petite fortune pour l’arracher de son île et pour le faire transporter). Cet arbre était le système principal de d’alerte de la serre. En effet, il était de la race des sensitives. Délima avait fait en sorte que ses racines et ses branches-lianes couvrent toute la base des murs de la serre. A chaque vibration que recevaient les murs – que cela vienne de la porte d’entrée (qui ne possédait pas de sonnette) ou de quelque autre endroit de la serre – les feuilles et les fleurs de la plante se rétractaient pour se fermer. Comme cela nécessitait d’être attentif, Délima avait attaché des régiments de clochettes aux feuilles. L’inconvénient majeur de ce système, c’est que tout et n’importe quoi pouvait faire réagir la plante : un oiseau qui se cognerait contre les vitres, un vent trop fort comme un intrus.
Derrière le bassin, c’était le règne des plantes basses, couvrantes, des plantes de montagne. Et là, au milieu, ce qui ressemblait à une cabane de jardin. En réalité, c’était là où Nélie vivait (l’endroit était d’ailleurs beaucoup mieux tenu que chez Délima). De l’autre côté, trois zones : celle – petite – des plantes et rhizomes comestibles, puis celle des plantes dangereuses à l’ingestion et des plantes carnivores, et enfin, le plus près de l’alcôve de Délima, une serre enfermait les plantes délétères, dont les vapeurs pouvaient tuer, rendre fou ou dessécher la végétation alentour si elles n’étaient pas enfermées.
Délima avait ainsi reconstitué la majorité de la flore de son pays, dont la plupart lui servaient pour ses nombreuses mixtures. L’inconvénient majeur, en plus de l’entretient constant, était que ces plantes perdaient de leur efficacité à être cultivées et acclimatées.

Armes : Délima n’est pas franchement une adepte des armes à feu. Ses deux armes préférées, nommées respectivement Pridye et Mésidye sont deux longues aiguilles en argent, niellées en arabesques compliquées (une incantation de bénédiction, selon elle), et recouverte d’une sorte de patine (inoffensive) qui en rendant mat l’argent empêche les aiguilles de renvoyer la lumière. Elle les cache indifféremment dans un chignon lâche, dans ses manches, ou dans tout autre endroit qu’elle juge approprié. Même pour un bain, elle ne s’en départira pas.

Implants : Aucun

Autre(s) : Ayant été initiée à des grades très élevés du vaudoun, Délima-Rose est capable de réaliser diverses « préparations », dont certaines ont des effets plutôt intéressants : l’une d’elle, notamment, a pour effet d’augmenter sensiblement sa force et sa rapidité en la plongeant dans un état proche de la transe. Sa vision, son jugement et sa capacité à réfléchir sont alors fortement altérés. La longueur de cet état dépend de nombreux facteurs, notamment de la qualité des ingrédients, ou même de ce qu’elle a mangé, mais dépasse rarement l’heure. Ses capacités, mêmes si elles sont accrues, ne seront jamais aussi développées que si elle portait un implant.
Ayant abusé de cette préparation lors de son adolescence, elle reste aujourd’hui très dépendante de la datura metel.
Délima a aussi l’agaçante manie de vouloir tirer les cartes à toute personne qu’elle rencontre.

Histoire

Origine(s) & Nationalité(s) : Haïti
Famille & Entourage :
Taïna, Bokor, qui a recueilli Délima et l’a initiée au vaudoun.
Nélie, gamine de Paris, enfant perdue et à son tour recueillie par Délima. Nélie vivait dans les ruines de la serre que Délima-Rose a acquise, et lui a permit de rester. En échange d’une protection, de nourriture et d’un toit, Nélie entretient le « jardin » de Délima.

Biographie :

(Avant tout, un petit point sur le panthéon vaudoun. Le Vaudoun est né en Afrique, mais ici j’utiliserais (en changeant des choses pour plus de compréhension) le vaudoun haïtien, fortement assimilé à la religion chrétienne.
Au sommet, on a Bondye (ou Manwu), qui est le dieu suprême, assimilé au dieu chrétien
Puis, les Lwa, sorte d’esprits ou dieux inférieurs. On les convoque lors des cérémonies. Le fidèle qui est alors possédé (on parle de « chevauchement) garde toujours un lien avec ce Lwa, qui est sensé le protéger et lui apporter la prospérité.
On a deux sortes de rites vaudouns : rada (« bon ») et petro (« mauvais »).
Le Baron Samedi est le Lwa des cimetières, chef des guédés, esprits de la mort. Délima assimile les guédés aux vampires. Quant le Baron Samesi, qui boit des quantités de rhum, propose sa boisson aux initiés, il faut toujours refuser.
Les vèvè sont des « dessins » qui représentent les Lwa.)


Port-au-Prince, Haïti, février 2137

Plus elle allait vite, et plus ses pieds nus frappaient durement les pavés. Elle ne pourrait pas continuer de courir ainsi bien longtemps, ses chevilles allaient lâcher et la jeter à terre, la laissant à la merci de la horde d’enfants qui la poursuivait.
Elle aurait pu être l’un d’entre eux. D’ailleurs, elle était l’un d’entre eux. Elle portait le même t-shirt souillé et la jupe déchirée qu’eux, informe uniforme, avait le même ventre ballonné par l’eau croupie et les détritus, et les deux mêmes yeux sombres et insolents chevillés dans une âme farouche.
Car Délima était née dans la rue. Née dans la rue, vraiment ? Peut-être qu’elle était née dans une famille riche, mais que sa mère, jeune fille de bien, l’avait rejetée pour cacher sa honte. Ou peut-être avait-elle fuit un père, un frère ou un oncle alcoolique et violent. Ou encore, dernière née d’une fratrie déjà nombreuse, on l’avait laissée à l’ombre de quelque église. Allez savoir ! Sa mémoire se confondait avec celle des autres enfants des rues, là où les histoires se mélangeaient pour former une mémoire commune.
Déjà, avait-elle réellement un nom ? En tous cas, pas avant ce jour où, dans une grande campagne de recensement, les autorités locales avaient attirés la majorité des enfants de la rue avec la promesse d’un repas chaud. Là, on lui avait en effet donné un plat de bouillie de maïs, un verre d’eau, et un prénom. Une quelconque sainte. Délima-Rose ? Ils devaient être à court de prénoms à base de « Marie ». Délima-Rose ? D’accord. Sur la belle page blanche du registre s’était maintenant rajouté un prénom, et un nom de famille, « Dyela * ». Le même pour tous. Une façon de contrôler ces gosses, qui bientôt viendraient grossir la Réserve. Délima-Rose Dyela, oui, elle s’en souviendrait. Mais est-ce que dieu était vraiment là, ça elle ne le savait pas encore.

Non, pour le moment, elle courait. Peu à peu, elle perdait du terrain. Ce n’était plus les mêmes qui la poursuivaient, les premiers s’étant arrêtés depuis longtemps, fatigués ou déjà ennuyés. C’était les enfants qui s’étaient greffés sur le furieux cortège qui avaient pris le relais. Puis d’autres. Plus personne ne savait ce qu’elle avait fait, au début. Avait-elle pris le jouet d’un autre enfant, ou volé sa nourriture ? Qu’importe le motif, un bouc-émissaire était toujours une chose bénie !
Voilà que déjà les foulées de Délima se faisaient moins rapides, moins assurées. Elle était à bout de souffle. Finalement, elle serait broyée par les enfants, victime expiatoire de tous leurs ressentiments.
Ou peut-être pas. Devant elle, un espoir. Une case de tôle et de paille. Des signes sur la porte. Elle savait qui vivait là. La Manbo ** Taïna. Une bokor ***. Mauvaise, mauvaise, il fallait fuir ! Tous les enfants pensaient pareil. Alors Délima se jeta dans la case. Elle ne savait pas encore qu’elle venait de vendre son âme à un Grand Diable.


* Autrement dit « Dieu est là »
** Prêtresse vaudou
*** Qui pratique la « magie noire »


Dernière édition par Délima-Rose Dyela le Lun 14 Sep - 1:46, édité 3 fois
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Délima-Rose Dyela
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MessageSujet: Re: Délima-Rose Dyela   Lun 7 Sep - 19:38

______________

Port-au-Prince, Haïti, année 2141


Non, la Manbo Taïna n’était pas si mauvaise. Une Doktè-Fey * respectée. Mais aussi une prêtresse vénérée, qui comprenait parfaitement tout ce qu’impliquait sa situation. Une femme admirable. Simplement, elle pouvait faire le bien comme le mal.

Rapidement, Délima s’était rendue indispensable à la vieille Manbo. Les ingrédients nécessaires à la préparation de nombreuses décoctions étaient plutôt durs à trouver, même dans leurs pays d’origine. Elle n’eut bientôt pas son pareil pour dénicher vers polychètes et albizzias. Délima partait parfois quatre ou cinq jours de suites dans les montagnes afin de trouver toutes les plantes et animaux nécessaires. Car les plantes n’étaient pleinement efficaces que si elles étaient sauvages. Quant aux os humains, ingrédients puissants, ils ne manquaient pas à cette époque. Même pas besoin de profaner les tombes : les temps étaient si troublés, la misère et la pauvreté telles, que l’on jetait les corps dans des fosses en les recouvrant à peine d’une fine couche de terre. Attirés par l’odeur des cadavres, tous les chiens de la ville fouissaient à loisir dans ces charniers, et remontaient des os anciens. Les carcasses humaines se baladaient partout dans Port-au-Prince, et surtout dans la Réserve.


« Non ! »
Une cane cingla le dos de Délima, mais ses doigts restèrent solidement accrochés au pilon qu’elle tenait. Si elle le lâchait, la punition serait pire.
« L’eau avant la datura ! »
Délima se mordit les lèvres, et reposa la poche de cuir contenant les fleurs séchées. C’était la troisième erreur qu’elle faisait depuis ce matin. Elle n’était vraiment bonne à rien. Pour autant, elle n’arrêta pas de piler les ingrédients, tout en craignant un nouveau coup de cane de la vieille Taïna, qui ne tarda pas à venir.
« Soit plus prudente quand tu verses l’eau ! Ne délaye pas trop la préparation ! »
Cette fois-ci, Délima était agacée.
« Mama, si vous me disiez au moins à quoi sert cette préparation, je ferais moins d’erreurs ! »
La Manbo sourit.
« Devine. »
C’était la troisième fois qu’elle répondait cela, ce qui n’avançait toujours pas Délima. Autour de son mortier s’étalait tabac, datura metel, de la cigüe aquatique, un énorme crapaud, quelques petits fruits de la famille des oranges, de l’eau, du sable, et un sachet de poudre grisâtre. Non, elle ne comprenait toujours pas l’intérêt de mélanger tous ces ingrédients.
« C’est…mortel. La cigüe tue. La datura tue. Le tabac ne fait qu’amplifier la puissance des autres poisons, le crapaud est venimeux. Et quant aux oranges, elles serviront sans doute à dissimuler le goût très acide des poisons. Mais quel intérêt ? Un seul de ces ingrédients est suffisant pour tuer ! Pourquoi les combiner ? C’est risquer de les faire découvrir ! Et puis, si quelqu’un a été condamné par le Conseil, ne doit-il pas plutôt être zombifié plutôt que tué ? »
Taïna sourit. Pour une gamine, elle était plutôt maligne. Et attentive.
« Finit le mélange. »
Grimaçant de douleur, l’aïeule alla s’asseoir dans un vieux fauteuil à bascule défoncé. Oui, plutôt maligne. La gosse apprenait vite, et semblait prendre plaisir à ce qu’elle étudiait. Bien sûr, cela n’en faisait pas encore une héritière de son rang digne de ce nom, mais c’était un début.
La Manbo aurait aimé présenter une future boko parfaite lors du pèlerinage de Bois Caïman, mais elle n’en aurait pas le temps. D’ailleurs, Délima était certainement trop jeune pour subir toutes les montées de grades d’un coup, quelque soit sa valeur. Elle ne présenterait qu’une initiée. Tant pis.


* Docteur-feuille : médecin


______________

Bois Caïman, Cap Haïtien, 14 août 2142

Délima-Rose se serrait contre la vieille Taïna. Devant elle, une clairière au sol rendu infertile par de trop nombreux piétinements. Au centre, un arbre sans branches servant de poteau mitan, taillé, portant de nombreux dessins. Non loin, un autel recouvert d’un fouillis d’objets hétéroclites : vases, bijoux, pierres sacrées, paquets chargés de magie, poupées pendues la tête en bas, et des centaines et des centaines de ficelles de toutes les couleurs. Les Wangas. Ils étaient là pour attirer les esprits, qu’ils soient protecteurs ou maléfiques. Les esprits. Les Lwa. C’était pour eux que Délima était là. Elle n’avait encore jamais été chevauchée, possédée par un de ces esprits. Son éducatrice avait veillé à ce que cela n’arrive pas avant aujourd’hui. C’était une journée spéciale. Un lieu spécial. Selon la légende, le Bois Caïman avait vu, il y a de cela des centaines d’années, le pacte magique précédant la révolte d’esclaves. Le 14 août 1791. Aujourd’hui, il n’y avait pas de foule d’esclaves dans la clairière, juste quelques Manbo et Oungan *, et des initiés, comme elle, vêtus de blanc.
Taïna se dégagea de l’étreinte de Délima, et se dirigea vers l’autel, en même temps que les autres prêtres. Délima, qui n’osait plus lever les yeux, se concentra sur les vèvè dessinés au sol. C’était étrange. Il n’y avait pas de représentation de Lwa appartenant au rite rada**.
Les prêtres exécutaient maintenant le rite du jété dlo, disposèrent les objets sacrés vers les quatre points cardinaux pour consacrer le lieu.

Soudain, la musique de flûtes de bambou et de tambours commença. Il était temps d’appeler les Lwa. Délima mêla sa voix à celle des autres, mêlant cantiques catholiques et paroles plus païennes.

« Legba O Papa Legba louvri baryè ya pou Yo » ***
Les litanies à Papa Legba étaient répétées sans cesse. Aucun Lwa ne se montrerait sans son autorisation.
L’excitation ne cessait de grandir. Les tambours se mirent à l’unisson des battements de cœur des initiés, et de ceux des Lwa. Les deux mondes se rapprochaient. Les Lwa arrivaient, il fallait vite disposer nourriture et alcool pour qu’ils puissent se sustenter. Bientôt, les sacrifices.
Quelqu’un poussa Délima violemment hors du demi-cercle qu’elle formait avec les autres initiés. Comme elle se retournait pour voir l’impoli, on lui mit une poule blanche dans les bras. Elle comprit alors, et se dirigea vers le poteau mitan. Se servant des aliments déposés au pied, elle nourrit la poule avant de manger. Puis une Manbo et un Oungan saisirent l’animal, qu’ils vêtirent de symboles et oignirent de parfum et de potion. Les tambours s’accélérèrent, entrainant les cœurs.
L’animal fut égorgé d’un seul coup. Les initiés se précipitèrent vers l’animal, et trempèrent les mains dans son sang. Tous, et Délima ne fit pas exception, tracèrent avec une croix sur leur front pendant que l’animal était présenté aux Lwa. Les chants et les danses redoublèrent de puissance. Les vèvè appelaient maintenant leur Lwa.

Délima dansait, comme les autres, sa robe blanche s’ouvrant en corolle autour d’elle, la croix sanglante dégouttant sur ses lèvres. Soudain, ses bras exécutèrent des mouvements incontrôlables. Arrêtant de tourner, elle se mit à tressauter en se déplaçant vers les quatre points cardinaux.
Délima voulait s’arrêter, mais elle ne pouvait pas. Ses âmes **** livraient bataille. Elle pouvait presque sentir le Lwa les caresser.
Allez viens. Laisse-toi faire. Je suis là, oublie le reste. Je suis tout, viens à moi. Je ne suis pas un démon. Vous invoquez des forces beaucoup trop puissantes. Tu es si jeune. Tu serais brisée. Même le révéré Ogoun Feraye t’aurais laissée dévastée. Viens, je suis plus doux. Viens avec moi, il y a de nombreuses fleurs de toutes les couleurs dans mon royaume. Viens, et je t’en parerais. Viens, petite fille, viens avec moi. Je t’aime, tu es si jolie. Si tu ne veux pas, j’utiliserais la force.
Une des âmes disparut. Vaincue.
Autour d’elle, un silence de mort. Un des prêtres avait reconnu Kalfu comme le Lwa qui chevauchait Délima. D’un geste, il avait fait taire la foule. Il ne fallait pas parler quand Kalfu se montrait.
Une éternité plus tard, Délima s’affala sur le sol. Elle n’était plus qu’une coquille vide, qui avait à peine conscience d’elle-même. Elle releva à grande peine la tête. Autour d’elle, des corps comme désarticulés dansaient. En silence. Cette vision rendit son malaise insupportable. Elle se retourna sur le côté, et vomit de la bile. Une main osseuse l’attrapa par l’épaule, et la tira en arrière.

Elle était emmitouflée dans un manteau de grosse toile, aux pieds de Taïna. De temps en temps, la vieille jetait un coup d’œil à la pauvre petite chose pantelante qui n’arrivait pas à retrouver ses esprits. Son visage ridé rayonnait. Kalfu. La plupart des Lwa importants travaillent avec lui. Peu apprécié, mais respecté. Un bon Lwa. Un très bon Lwa. Délima avait visiblement encore du mal à s’en remettre, mais il ne partirait plus jamais. Bien sûr, la deuxième âme reviendrait, mais le lien était créé. Eternellement.


*Prêtre masculin
** rite rada : c’est le « bon » rite, le rite « gentil »
*** « Legba Ô Papa Legba, ouvra la barrière pour eux »
**** il existe deux âmes, l’une représentant la matière (« Petit bon ange »), l’autre l’immatériel (« Gros bon ange »)

________________

Port-au-Prince, Haïti, 2152

Lorsque Délima-Rose entra dans le bouge, personne ne bougea. La plupart, ivrognes invétérés, étaient avachis sur les tables et ne pouvaient la voir. Les autres avaient l’esprit ralenti par l’alcool et l’œil troublé par la drogue. A l’odeur, du pavot. Absurde, d’ailleurs, cette habitude d’importer des plants pour s’évader… il y avait aussi efficace et beaucoup moins cher parmi la flore indigène.
Sans donc éveiller la moindre curiosité, Délima alla s’asseoir contre un mur. Le bateau pour Paris ne partirait que dans deux heures, autant attendre ici. Les mains rentrées sous son manteau (on ne sait jamais ce qu’il peut trainer sur les tables comme saletés), elle laissa aller sa tête contre le mur, et ferma les yeux.
Elle les rouvrit presque aussitôt et tourna la tête. Un courant d’air venait de la porte. Pourtant, celle-ci était fermée. Etrange, certes, mais pas de quoi interrompre sa torpeur.
Mais lorsque qu’elle se retourna, un homme était en face d’elle. Il avait un bel habit violet et noir, et souriait sous son haut-de-forme. Il agitait une bouteille contenant des piments rouges sous le nez de Délima.


« Rhum ? »

Dans une grimace, il avala une grande rasade de ce breuvage de feu.

« Rhum ? »

Délima-Rose sourit. Elle n’était pas si bête.

« Je vous remercie, mais je ne voudrais pas vous priver. »

La bouteille disparue comme par enchantement, l’homme la regardait à présent avec un sourire hideux, découvrant des dents trop blanches et trop longues pour appartenir à un humain.
Après quelques instants de silence, ou l’homme ne bougea pas, pas plus qu’il ne sembla respirer, Délima finit par prendre la parole :


« Que me vaut le plaisir, Baron Samedi ? Non pas que votre présence soit incongrue ici, mais cela manque tout de même… »

Elle fut interrompue par un ricanement.

« Je suis là pour la causette, Délima-Rose Dyela ! Tu vois, moi aussi je connais ton nom ! Bâtarde, bokor et indigne, ça aussi, tu l’es. »

La phrase finit dans un caquètement. L’homme venait de faire apparaître un cigare.

« Ça n’était pas gagné d’avance ! J’t’aurais presque perdue ! Cette saleté de Kalfu (l’homme exécuta un geste obscène) s’est mis entre toi et moi, mais tu vois, finalement, t’es rev’nue ! Maint’nant tu me sers ! »

Sous son manteau, Délima avait joint les mains. Mentalement, elle récitait des prières. Là, ça devenait dangereux.

« Je ne sers personne, Baron La Croix. J’ai besoin d’argent, c’est tout, vous devriez connaître ce vice. Ici, il y a trop de gens comme moi, je ne ferais pas fortune.»

Sans bouger de sa place, l’homme étendit un bras démesurément long :

« Ne persifle pas, petite sotte ! Quoique tu dises, t’es quand même qu’à la merci des guédés ! Ils f’ront ta richesse, ou ils te tueront ! Tu vois bien qu’t’es à moi ! »

D’un geste, il lui attrapa les cheveux, découvrant les tatouages que Délima portait sur le visage.

« Ooooh, mademoiselle prend tout ça très au sérieux ! Bien, bien, Kalfu, j’te concède celle-là ! Sur ce, nous nous reverrons, d’moiselle ! A Paris, A Paris ! »

L’homme griffa Délima au visage, qui sous le coup, ferma les yeux. Quant elle les rouvrit, l’homme avait disparu. Elle porta sa main au visage : nulle blessure ne venait balafrer sa joue.
A une table en face d’elle, un homme semblait beaucoup s’amuser. Quant Délima croisa son regard, celui-ci frappa sa tempe avec son index. Elle le foudroya d’un seul coup d’œil, et sortit du bar.
Encore une fois, Délima avait parlé toute seule.
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Aislinn A. Aberlin
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MessageSujet: Re: Délima-Rose Dyela   Lun 14 Sep - 2:03

Yeah ! T'as ton rang et tout donc c'est cool.
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MessageSujet: Re: Délima-Rose Dyela   

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Délima-Rose Dyela

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