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 Torin Ó Loingsigh

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AuteurMessage
Torin Ó Loingsigh
† Vampire †

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Date d'inscription : 27/08/2009
Nombre de messages : 28
Age : 107
Doublon : Ace
Maître : Ni Dieu ni Maître
Esclave : Faolán, quoi qu'il en dise
Métamorphose : Une chauve souris.

Feuille de personnage
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MessageSujet: Torin Ó Loingsigh   Mar 8 Sep - 15:20

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Torin Cormac Ó Loingsigh
Cú Chulainn
...



La Joueuse
    Célébrité sur l'Avatar : Kyle Schmid
    Âge : 19 ans
    Lieu de vie : Ici et là
    Niveau de rp : cinq ans je crois
    Comment avez-vous connu le forum ? : Faolàn
    Avez-vous lu le règlement ? : Yep

Torin Ó Loingsigh
    Nom(s) : Ó Loingsigh
    Prénom(s) : Torin Cormac.
    Surnom(s) : Cú Chulainn, “le chien de Culann”. Si l’idée d’avoir pour surnom le nom d’un héro est flatteur, l’histoire de celui-ci montre que les hommes sont idiots. Mes temps barbares furent courts et sont depuis longtemps révolus, mais certains, particulièrement ceux de mon espèce, continuent de me nommer ainsi. Je laisse faire, tant que le mépris est alimenté par la peur, il ne m’atteint pas mais me sert. On me nomme aussi souvent Seigneur (Tiarna) ou Maître, et Bâtard est un peu resté, bien qu’il fût plutôt réservé à un Torin humain.
    Pseudo(s) : Cú Chulainn. Inexact, certes, mais amusant. Alors autant en tirer profit. Ce genre de chose ne sert que rarement anyway.
    Age & Date de Naissance : Je suis né en avril 1466, né encore en 1489 et je n’ai pas l’intention de mourir avant de longs siècles.
    Groupe Sanguin : Mon sang est Irlandais. Quant aux détails de ce qui le compose, je n'en ai pas la moindre idée et ne m'y suis jamais intéressé. Il est de toute façon mêlé à ceux de mes proies, et je ne les choisis pas selon leur groupe sanguin. Vous pourriez alors m'attribuer une grande partie des groupes existants.
    Emploi : Seigneur. (Saigneur ? *sbaf*)
    État Civil : Les compagnons ne restent jamais bien longtemps, et après un échec cuisant, j’ai choisi de ne plus me lier.
    Groupe : Vampire
    Esclaves : Je n’ai pas d’esclaves mais des sujets. Ce qui n’a rien à voir.

Informations
    Caractère : J’ai souvent entendu parler de Venise, du carnaval, des bals et, surtout, des masques. Parce que j’ai beau aimer les arts et la culture, je ne suis pas très danse. Mes les masques m’ont toujours fasciné, avec leur beauté figée et leur manque d’expression. Les hommes se glissent dans une autre peau où ils peuvent tout se permettre, où ils ne sont personne et tout le monde à la fois. C’est ce que je suis. Un masque, figé et neutre, sauf que je ne suis pas personne, je suis Torin, le chef, ou Tiarna, comme les hommes m’appellent. Je suis leur seigneur, et c’est, comme beaucoup de choses, un rôle que je joue à la perfection. Vous pouvez m’affubler d’une liste d’adjectif : menteur, manipulateur, hypocrite… N’importe quoi. D’une part je m’en moque, et d’autre part, vous n’auriez pas tort. Mais vous ne pouvez pas vraiment savoir ce qu’est un véritable masque tant que vous n’avez pas vécu au moins un ou deux siècles et traversé quelques guerres. Parce qu’alors, vous n’avez pas assez vécu.

    Je suis un masque donc. Mais je ne suis pas que cela. Ce serait trop simple et, avouons le, dénué de tout intérêt. A quoi sert un masque sinon à cacher ce qui importe vraiment ? Masquer la laideur par la beauté, la merveille par l’ordinaire. Inutile de préciser que je suis plutôt dans le second cas, même si je ne suis pas encore assez prétentieux (et assez proche des Riagal) pour me croire la perfection même. Disons simplement que j’ai eu le temps d’apprendre et d’être, et que mon désir d’être important, d’être quelqu’un m’a poussé à chercher le meilleur, et à atteindre mes objectifs. En cela je n’échoue presque jamais. Je suis un seigneur, et ce depuis ma mort. Je suis celui qui dirige, qui guide, et non pas celui à qui on impose le bât, les tâches ingrates et la misère. Je ne suis plus humain, et je refuse de subir la domination de quelque être que ce soit, comme mon Irlande bien aimée a toujours rejeté la domination de la couronne Anglaise.

    Je suis comme mon pays, c’est indéniable. Et n’allez pas croire que je me dis l’Irlande par jeu avec Faolàn, pour voir celui qui se fera le plus proche de sa terre. Je ne joue que très rarement avec les humains, et ce n’est généralement pas de leur plein gré. Pas que je ne les aime pas, je suis toujours parvenu à les tolérer et, si je n’éprouve pas un amour particulier à leur égard, je ne suis pas un fervent défenseur de la nouvelle cause vampirique. Bien sûr, notre position me permet de ne pas connaître trop de difficultés avec les terres qui sont aujourd’hui miennes. Mais je m’y étais installé un peu avant que nous ne puissions vivre au grand jour (une idée assez paradoxale vu notre intolérance à la lumière), et j’ai toujours aimé être un vampire, même lorsque cela signifiait vivre chasser, et craindre d’être découvert. C’est ce que nous sommes, des générations ont vécu ainsi, et nous ne nous en portions pas plus mal. Moins de concurrences et quelques rares chasseurs un peu moins crédules que le reste de l’humanité, qui ne faisaient jamais long feu. Tout ça pour dire donc que je suis l’Irlande. J’ai construit mon histoire en même tant qu’elle, fier comme elle, et ai traversé ses conflits, ses épreuves, en même temps qu’elle. J’ai tiré des leçons de ses guerres, appris de ses villes. Il n’y a pas meilleure description.

    Apparence : Puisque je suis mort et que, comme pour tous mes congénères, le miroir ne me renvoie aucun reflet, vous me pardonnerez les quelques erreurs que je pourrais faire concernant mon physique. J’ai beau posséder quelques peintures, les artistes ne sont pas toujours honnêtes avec leur modèle, surtout quand celui-ci est aussi leur seigneur et maître, et j’ai bien peur qu’ils ne cherchent plus à me flatter qu’à reproduire fidèlement mon image. Il ne me reste alors que cette image mensongère et les souvenirs passés, ternis par le temps. Il me reste aussi les quelques avis que je sais objectifs, ceux de mes compagnons et de l’enfant qui me prit un jour pour un ange, sans oser pour autant me le dire. C’est sans doute d’ailleurs la vision la plus proche de la réalité, bien que l’enfant en question n’ait jamais été un modèle de lucidité. Un ange… Les traits fins, une absence d’expression caractéristique de ceux qui sont lassés de feindre les émotions. Ou qui s’évertuent à faire croire qu’ils sont insensibles en arborant sans cesse un masque neutre et supérieur. Le louveteau n’a peut être pas tort.

    Mais ça n’est qu’une impression, un sentiment qui se dégage et l’appréciation d’un irlandais de six ans face à ce qu’il sait ne pas être naturel. Car aucun de nous ne l’est. Et tous, nous gagnons avec la mort ces quelques caractéristiques un peu particulières, qui font de nous des êtres hors du commun. Oui, je suis un vampire, avec tout ce qui va avec. Des crocs à la forme animale, une chauve-souris qui ne laisse rien paraître du monstre que je peux être. Mais il y en a d’autres comme ça. Des milliers d’autres. Ce qui me différencie d’eux, ce sont les détails. Les boucles brunes qui tombent sur mes épaules et qui ne m’ont jamais quitté, à quelques exceptions près. Mais je n’ai jamais aimé avoir les cheveux courts. Il y a les yeux aussi, d’un vert clair un peu gris. Des iris un peu trop pâles qui ont souvent fait dire à Áine qu’ils laissaient entrevoir le vide laissé par mon âme. Des foutaises d’une femme railleuse, mais que je n’ai pas oubliée. Je suis un masque.

    A cela s’ajoute l’ombre d’une barbe, et je me souviens, alors que ma stupidité juvénile ne m’avait pas encore quittée, m’être parfois réjoui de m’être rasé peu avant ma mort. Cette peau imberbe, juste hâlée par ce que l’on devine être une barbe en devenir, ne fait qu’insister sur la jeunesse de mon corps immuable. A 23 ans, on était déjà un homme, mais aujourd’hui, on est toujours un enfant. Un adolescent tout au plus. Et cette apparence me permettrait – si seulement je le désirais – de me fondre dans la foule. Dans mon existence, puisque parler de vie serait incorrect, cela ne sert qu’à rappeler à mon peuple que leur seigneur est éternel, et dans la force de l’âge.

    Ajoutez à cela des lèvres un peu sèches, une corpulence moyenne, un blouson de cuir et des vêtements classes sans êtres exagérément couteux ou tape-à-l’œil, et vous aurez une petite idée de ce que je suis. Un peu plus qu’un homme, pas tout à fait un ange. Les enfants se trompent souvent.

    Lieu d'habitation : Après avoir traversé l’Irlande d’est en ouest, puis vers l’est de nouveau, j’ai fini par repartir vers Galway, vers les Terres qui, finalement, me sont encore plus chères que mes terres natales. Sauf que cette fois, je n’ai pas poursuivi ma route jusqu’à l’océan, gêné dans ma route par le plus grand lac de notre Irlande. Le Loch Coirib et ses eaux plates, le calme, et Headford. Puis leurs Terres, miennes aujourd’hui, avec, plus précisément, le noyau, juste entre Claran et Carnakib. Le domaine des Riagal s’y trouve et, un tout petit peu plus au sud, plus proche d’Annaghkeen, ma demeure, celle que je ne quitterai probablement plus. Ma maison perdue au milieu des champs irlandais, paisible et froide. Beaucoup de gens aiment la lumière, la vie. C’est idiot. Je suis un vampire et en tant que tel, je n’en ai pas besoin. De toute manière, je vis la nuit, et il n’y a rien d’autre que la clarté de la lune pour tenter de percer une grande baie vitrée. Au dessus de la cheminée, le tableau d’une dame grise. Ma seconde compagne. Une grande table en bois brute, du beau mobilier. De l’utilitaire, principalement, mais j’ai toujours aimé ce genre d’environnement qui me fait oublier qu’au fond, je ne suis qu’un bâtard.

    Une seule pièce est dépourvue de fenêtres : ma chambre. Elle n’abrite qu’une commode, un lit a baldaquin – peu utile, mais joli – et, dans un long coffre de bois longeant le mur, mon cercueil. De l’utilitaire, encore une fois. Au dessus de la commode pend un miroir, rappel de ce que je suis. Comme beaucoup de choses, ici, je ne suis pas visible. C’est probablement pour ça que je m’y sens si bien. Dans une autre pièce tout à côté de la chambre, la bibliothèque et un bureau. Là encore, une longue baie vitrée vient l’éclairer le jour, car les livres apprécient le soleil.

    Finalement, la bâtisse principale est flanquée de deux dépendances. Une pour les mortels qui me servent (pas des esclaves, tous sont plus ou moins là de leur plein gré. Ils sont nourris, logés, payés, et je ne les ai jamais maltraités, jamais mordu. De simples employés.) et une pour les vampires de passages (les plus valeureux, les autres logent à l’écart, où bon leur semble a vrai dire) et certains de mes hommes. Je ne saurais vous décrire les lieux, je n’y vais que très rarement.
    Armes : Quelques armes à feu qui ne servent plus voire n’ont même jamais servi, une dizaine de vampires ralliés à ma cause, quelle qu’elle soit.

    Métamorphose : Une chauve-souris. Cela peut sembler assez comique ou lamentable, si vous voulez. Mais si la métamorphose lupine semble être une sorte de mode, les vampires des vieux comtes avaient plus souvent une chauve-souris pour animal. Et je ne suis pas un jeune vampire arriviste.
    Autre(s) : Il n'y a rien à ajouter qui vous regarde vraiment. Vous verrez bien

Vie & Mort
    Origine(s) & Nationalité(s) : Je suis Irlandais, et l’ai toujours été. Même si, de par mon père et son ascendance douteuse, mon sang est très probablement un peu souillé par des origines étrangères, c’est l’Irlande qui imprègne mon corps. Et quoi qu’il en soit, même s’il s’avérait que j’ai un ou deux ancêtres anglais, ce sont des choses impossibles à prouver.
    Famille & Entourage : Il y a déjà bien longtemps que je n’ai plus de famille. Mon père, fils unique, est mort avant moi et ma mère, si elle ne s’est pas tuée en apprenant ma disparition, a probablement trouvé une autre pourriture pour s’occuper d’elle. Avec les traitements infligés par mon père, je doute qu’elle ait encore été capable de procréer et même si un enfant avait dû naître, ses tares en aurait fait un être voué à l’échec. Je doute donc qu’il reste encore aujourd’hui un membre de ma famille proche. Pour ce qui est de mes descendants… bâtards et fils de bâtard, ils ne présentent pas le moindre intérêt et je n’ai jamais eu vent de leur existence, pour mon plus grand bonheur. Quant à ma famille aujourd’hui… si tant est qu’on puisse avoir une famille vampirique, alors la mienne sera toujours vouée à l’échec. J’ai eu deux compagnons. Ou plutôt, un compagnon, Cathal*, et une compagne, Liadan. Si le premier, comme un frère, ne méritait pas son nom et est mort sous mes yeux, sans que je n’y fasse rien, la seconde… Liadan n’existe plus, simplement. Elle aurait pourtant dû rester mais les vampires, comme les mortels, ne sont pas fiables, et il arrive toujours un moment où ils désobéissent, et où notre alliance prend fin. Finalement, pour ce qui est des temps actuels, je dirais que je n’ai pas la moindre famille, et les sbires qui m’entourent n’ont rien d’une compagnie de choix. Ils sont là, simplement, depuis un peu plus d’un siècle pour les plus loyaux, et me sont utiles. Des chiens, rien de plus. Même si je me suis un peu attaché à certains d’entre eux, avec le temps, ils ne seront jamais aussi proches de moi que le furent les deux vampires que j’ai mis au monde. Il reste les humains, les sujets. Pour la plupart ils ne sont que des visages sans nom ou des gens sans visages. Ils sont là, ils me doivent respect et obéissance, loyauté et protection et en échange, je les laisse vivre sur mes terres. Leurs terres. Peu importe aujourd’hui. Même les Riagal, dont je suis proche et avec qui je règle les principaux problèmes, n’ont rien de « proches ». Même Eolas, même Ternoc, même cet imbécile de Faolàn. Ils obéissent ou disparaissent, comme les autres. Ils ne sont rien. Juste des pions.


[Désolée, l'histoire est excessivement longue, mais j'arrive pas trop a raccourcir ^^"]


Dernière édition par Torin Ó Loingsigh le Mar 8 Sep - 15:56, édité 2 fois
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Torin Ó Loingsigh
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MessageSujet: Re: Torin Ó Loingsigh   Mar 8 Sep - 15:21

In the shade of willows and elms
A cold wind blows and carries my tale
A tale of rebirth, a season's change
And spring will shine again


Le Bâtard____...
    Pour beaucoup, le nom n’est que superficiel. Un outil. Pour moi, c’est beaucoup plus. Mon nom est ce que je suis. Mon histoire, ma destinée. Je suis mon nom. De ma conception à aujourd’hui, je suis toujours le même, quelque soit le chemin emprunté et les changements flagrants qui m’ont affecté. Je suis Torin Cormac Ó Loingsigh. De la première à la dernière lettre, à chacun de mes souffles. Comme une marque indélébile tracé à même la chair. Chacun son fardeau. Torin Cormac…

    Si le premier de ces deux noms était un présage pour ce que je deviendrais, pour ma vie après la mort, mon errance éternelle, le second reflète le drame de mon existence humaine. « Fils de celui qui rend pourri ». Ma mère aimait mon père d’un amour sans limite, ce nom le montre bien. Une ordure qui m’avait offert à elle. Ou plutôt, comme je l’ai souvent entendu le dire, qui m’a arraché à elle. Mais il ne faut pas croire qu’elle ne m’aimait pas. Eimhear** était une bonne mère. Je pense simplement qu’elle avait une peine toute particulière à réussir sa vie, à faire les bons choix. Je pense aussi que dans sa tête un peu vide, elle aurait aimé me garder pour elle, me protéger du monde. J’étais son fils, et on le lui avait enlevé pour l’obliger à souffrir une vie qu’il ne méritait pas. Et puis, malgré cet amour inconditionnel, il y avait la haine de l’homme qui m’avait engendré. Le dégoût inspiré par son corps, par son être tout entier, et par la pourriture qu’il avait fait naître en elle. J’étais le fils de ça. De cette chose. Et il y avait la honte, aussi, de l’Irlandaise qui voit son sang souillé.

    Ó Loingsigh. Petit fils du marin. Petit fils de l’étranger qui était arrivé sur nos côtes, et qui passait son temps en mer. Petit fils de l’Anglais. Car c’est ce qui dégoûtait ma mère. L’anglais avait fait d’elle sa chienne, et elle ne supportait pas l’idée de mêler son sang à celui d’un voisin, bien qu’à l’époque, l’Angleterre ne marchait pas encore sur nos Terres. Il était son colon personnel, son envahisseur tant haï. Elle avait choisi ce nom, Ó Loingsigh, pour que je n’oublie pas mes origines bâtardes sans pour autant m’affubler d’un nom plus clair, plus réel, qui aurait fait de moi un étranger, comme mon père. Ainsi, je peux toujours prétendre que mon sang n’est qu’Irlandais. Je suis le bâtard, mais je suis de chez nous. C’est ce qui compte réellement. Un nationalisme sans limite, ridicule et dont j’ai hérité. Sans doute à cause de cette éducation que par la suite, je n’ai que très rarement quitté l’Irlande, malgré mes longs siècles d’existence.

    Délicieux nom que le mien. Et mon enfance, ma vie humaine, est à son image. Je n’ai pas été exagérément malheureux, je n’ai pas non plus joui d’un prestige sorti d’on ne sait où, ni d’une culture époustouflante. J’ai vécu avec mon siècle. Avec les autres, noyés dans la foule, à ceci près que je restais la pièce rapportée, quels que soit les efforts faits par ma mère pour m’offrir tout ce qu’elle avait. L’imbécile. Son amour mêlé de haine, ses sentiments trop forts… Si je n’étais pas mort si jeune, si les battements de mon cœur n’avaient pas cessé sous les crocs de mon premier et unique maître, Elle m’aurait très certainement tué de ses sentiments dévorants. Une pieuvre. Mon Eimhear, ma chère maman était une pieuvre dont les tentacules d’une folie douce vous cajolaient, vous enserraient et vous détruisaient. Elle ne parvenait à rien, la pauvre. Pas même à mener une vie digne de ce nom. Pas même à résister aux assauts de mon bon à rien de père. Ni à ceux des autres non plus. Ma belle, ma douloureuse Eimhear… Elle ne parvint même pas à s’empêcher de me mettre au monde, avec sa volonté chancelante et ses grands espoirs.

    Et c’est ainsi que j’ai grandi. Dans les vagues violentes d’une maison malheureuse. Au milieu de ces gens dont je suis incapable de dessiner les visages, aujourd’hui, bien que mes doigts se souviennent encore d’avoir cent fois tracé les traits de ma mère. Je ne sais pas vraiment quand j’ai commencé à les oublier, quand les sourires, quand les yeux ronds et bêtes, quand les airs furieux et les traits grossiers de mes proches ont commencé à s’estomper. Probablement lorsque je me suis levé, le premier jour de ma mort. Probablement la première fois que j’ai compris que j’avais gagné la vie éternelle. Ils ont disparus, tous, et ne laissent dans ma mémoire que l’empreinte d’une vague connaissance. Je sais que je les connais, je sais qu’ils me sont chers, mais je ne tiens pas à me souvenir. Je ne veux pas les voir. Je pense que je ne l’ai même jamais souhaité. Il est triste qu’ils ne s’en soient pas sortis, eux aussi. Surtout Eimhear. Mais je n’ai pas le moindre regret, et abandonner ma famille fut une chose facile.

    Ces pantins, autour de moi, ont été mes modèles. Ma mère, par tout ce qui a été dit plus haut, et mon père, par sa violence et son indifférence, son amour malpropre et ses actes inconsidéré. Par sa force quand il s’adressait à ma mère, par son affection maladroite à mon égard, et l’application qu’il avait a tenter de faire de moi un homme. J’étais destiné à ça. Un mâle. Marin comme mon père et son père avant lui. Dans mon esprit, c’était toujours mieux que d’être ici. J’étais rêveur, bien que le rêve en ce temps n’avait rien à voir avec ceux que j’ai connu plus tard. J’avais connu les plaisirs de la chair, maintes et maintes fois, que ma partenaire soit consentante ou pas tout à fait (elles finissaient toujours par l’être), j’avais fait de moi un homme et laissé de côté ma peau d’enfant, et j’aspirais à découvrir le monde. C’était avant. Avant que tout dérape et que ma vie des plus banales soit frappée par les combats. Avant que je ne réalise que je n’avais pas la force, et certainement pas la sagesse de prendre la mer ainsi. Avant que je ne me résolve. J’allais être marin, comme mes pères avant moi, et je buvais à cette idée, la nuit où je suis mort. Une soirée phénoménale, qui m’avait laissé encore plus imbibée que la paille sur laquelle je cuvais mon whisky. J’étais Cormac, la pourriture engendrée par le démon qui salissait ma mère, et je m’apprêtais à devenir un chef, un combattant, un prédateur. Je laissais ma place d’homme misérable à un autre, pas vraiment près à m’élever, mais ravie de laisser la vermine derrière moi. Ma pauvre Eimhear, qui perdit son fils. Je pense qu’au fond, je l’aime encore.


Áine de Lench____...
    De ma mort, je ne me souviens que de très peu de choses. Je me souviens de son parfum, qui me rendait plus ivre que l’alcool, de son corps, de sa froideur. Tant physiquement que psychologiquement. Je me souviens d’avoir voulu l’avoir, d’avoir tenté de la faire mienne, mais d’avoir échoué, mon état et ma faiblesse face à elle me rendant incapable d’être un homme véritablement. Je me souviens de ses mains, de ses baisers. De la douleur fulgurante lorsqu’elle débuta, d’avoir pleuré, sans doute. Ma mémoire concernant ces instants n’est pas très fiables, et j’ai l’impression de visionner de vieux diapositive, chaque image plus floue que l’autre, chaque capture à part, et le claquement de l’appareil entre toutes. Il y a la douleur, donc. Quelques temps, je l’ai crue normale. J’ai songé que notre baiser ne pouvait qu’être atroce, brûlant, déchirant. Mais ce genre de sensation n’est qu’un plaisir de plus, pour elle. Mon premier maître, ma première compagne. Je la haïssais et la désirais à la fois, avec l’ardeur incroyable qu’éprouve un puceau à l’approche de sa première fois.

    Áine de Lench. Le destin me l’avait envoyée pour me sortir de la boue dans laquelle je me trainais. La plus belle femme qu’il m’ait été donné de voir jusque là. Une anglaise. Traitresse et venimeuse. Une trainée. Mais si belle… Et ce nom… Áine. Radiance et splendeur. La beauté faite femme. Une garce. De cette nuit là, je ne garde que des images floues, et son éclatante beauté brisant ma transe. Ses assauts répétés, ses crocs sur mon corps, et sa sauvagerie. Je n’étais même pas conscient de ma mort prochaine, juste qu’elle me déchirait, me lacérait, me terrifiait et, déjà, en ce rêve incertain, me fascinait. Elle me dévorait, littéralement. Belle maîtresse… Finalement, lorsque je frôlais la mort, inconscient de l’apparent malheur qui s’abattait sur moi, elle s’entailla le bras. Je suivais de mes yeux mi-clos sa langue suivre la blessure et ne réagit pas lorsqu’elle m’embrassa, m’offrant les premières gouttes de son merveilleux sang.

    Je posai le premier pied dans la mort, une mort éternelle et des plus savoureuses. De nouveau, la pointe de la lame déchira sa peau, juste à la base du coup. Et cette fois, j’eus le droit de boire à même son corps, de me nourrir de son essence et de son temps, inconscient du présent qu’elle m’offrait. La vie éternelle. Si elle m’en avait parlé avant, si j’avais été sobre, je ne sais pas si j’en aurais voulu. Encore aurait-il fallu que je puisse y croire, mais dans l’hypothèse où mon esprit humain aurait accepté cette réalité, je crois que je l’aurais remerciée. Je crois que, si j’avais été en mesure de choisir, je n’aurais pour rien au monde sacrifié ma vie minable pour l’immortalité. Et je suis heureux de ne pas avoir pu choisir, même si tout n’a pas été facile. Mais je ne suis pas de ceux qui se morfondent. Je ne suis pas de ces vampires humains, pas de ces misérables dont personne ne veut, pas assez vampires pour mériter la compagnie des leurs, mais plus assez humains pour reprendre leur petite vie.

    J’ai profité, dès le premier jour. Je ne dirai pas que je n’ai jamais douté, bien sûr. Pas que le mensonge me rebute, mais celui-ci n’a aucun intérêt. Les premiers temps, en particulier, ont été d’une dureté sans égal. Áine, ma belle, mon ange, m’avait laissé. Seul face à la mort, face à la nuit, à la peur et à la soif. J’étais livré à moi-même. Abandonné, mais heureux. Je n’ai jamais voulu revenir en arrière. Pas même cette première nuit ou je me découvrais monstrueusement libre. J’étais Torin, j’étais maître de mon existence, quelque soit le nom qu’on pouvait lui donner. Et Dieu créa la Terre, ce fut le premier soir.

    Ma préoccupation première fut de savoir où j’étais et non pas, comme on pourrait le croire, ce que j’étais. J’étais debout, je voyais, j’entendais la nuit au dehors, et, si mon cœur ne battait plus, je ne m’en étais pas encore rendu compte. Quand bien même je l’aurai remarqué, ça n’aurait rien changé. Si je me tenais là et qu’il ne battait pas, c’est qu’il ne m’était pas utile, point. Inutile alors de tergiverser des heures sur le sujet. Ce qui nous amenait donc au suivant : le lieu. Je m’étais réveillé enfoui sous une pile de loques douteuses, et les ayant finalement toutes écartées, répandues sur le sol, je découvrais une pièce étroite, basse de plafond. Les bruits me parvenaient étouffés, et il me fallut une bonne quinzaine de minutes pour comprendre que je me trouvais dans la cave d’un cabanon. Mes pas me menèrent rapidement à la surface, et bien que je n’avais jamais craint l’enfermement, j’éprouvais un étrange soulagement à regagner le niveau du sol, avec l’étrange impression d’avoir passé ces derniers temps enterré. Un rictus étira mes lèvres alors que les souvenirs de ma transformation me revenaient en flashs et, mi-écœuré, mi-fasciné par ce que je savais impossible et réel à la fois, je portais la main à mon cou. Pas une marque, pas la moindre trace du prédateur qui avait fait de moi sa proie. Rien. Juste la sensation désagréable et le tiraillement du sang séché sur ma peau. Si c’était la mort, alors la mort me plaisait. Je regardai encore autour de moi, tentant de trouver quelques repères, en vain. J’étais perdu. Elle m’avait abandonné au milieu de nulle part, sans la moindre indication sur ce qui allait m’arrivait. Sans le moindre conseil quand à l’attitude à avoir face à cette soif envahissante et insoutenable. Je devais me nourrir, peu importe comment. Et je devais tuer.

    Les images de ma soirée avec Áine me revenaient doucement, et je ne pensais plus qu’à ça. Mes maigres souvenirs d’un moment irréel affluaient, et j’oubliai le reste, l’impression d’être un chiot abandonné, la terreur naissante que m’évoquait ma soif, pour ne plus voir qu’elle et le sang. Ma conscience humaine, ou du moins le peu qu’il en restait, tenta de me convaincre que ça n’était pas normal, qu’il ne fallait pas, mais la soif brûlait ma gorge et mon corps entier. Il suffisait de laisser faire le monstre. Je fermai les yeux, m’abandonnant un moment au vent qui semblait m’emplir et me bercer, me consoler. Laisser faire le monstre et taire l’humain. Le bâillonner, l’emmurer dans les épaisses parois de mon esprit déchiré. Laisser le chasseur prendre la place du marin. Rouvrir les yeux sur la nuit, sans s’extasier d’une vision incroyable, et traquer. Trouver, et tuer. C’était ce qu’il fallait, ce que l’humain se refusait de faire mais ce que l’immortel, désormais aux commandes, semblait connaître depuis toujours.

    Lâchez une souris devant un chat, même inexpérimenté, et il la trouvera aussitôt, saura s’en charger, sans la moindre explication. Pour un vampire, la tâche est sans doute un peu plus compliquée, mais l’idée reste la même. Lorsque je trouvai ma proie, je ne doutais plus, et la peur de mon manque s’était dissipée. Elle était à moi, et je ne comptais pas la laisser aller. C’était la première fois. Beaucoup d’autres ont suivi. D’innombrables repas, d’innombrables jeux. Mais ce soir là me sembla merveilleux et immonde à la fois. L’humain lutta, longtemps, en même temps que ma conscience. Et ils perdirent tous les deux. Beaucoup de croyants, d’idiots pensent qu’un vampire n’a pas d’âme. Ils avancent que nous sommes des créatures du malin, et que nous n’avons pas de conscience, comme si la mort nous ôtait cette chose divine. Mais la religion n’est qu’un ramassis de contes. La mort nous laisse une âme, ce qui nous la dévore, c’est cette chasse, la toute première, ou le vampire détruit l’humain récalcitrant. Ce qui nous prive de cette merveilleuse conscience, c’est la force de la soif qui nous fait ployer et commettre le premier crime. C’est un choix forcé, le premier, ou l’ultime, selon les points de vue. Je suis un vampire, aucune âme, mais je n’en suis pas malheureux. Je n’ai aucune émotion. Ou du moins, c’est ce que j’ai toujours prétendu.

    Au premier jour, au tout premier matin, je fus surpris par le soleil. Le meilleur des enseignements. La brûlure sur ma peau, la douleur et la laideur marquée sur mon corps me fit croire aux flammes de l’enfer. Je mourrai, enfin, après une nuit d’atroces cauchemars. Ce fut ma première pensée. Puis une seconde la chassa, impérieuse, et je retrouvai en vitesse l’abri de ma cave. Un rat qui se terre et se cache, incapable de comprendre d’où provient sa peine. Je hais le soleil. Depuis ce matin-là, sans doute. Pas par crainte, et pas non plus à cause d’une quelconque rancune pour la blessure que j’ai gardé des jours durant. Je hais simplement l’idée qu’il soit détourné de moi alors que tout commençait. Et les limites qu’il m’impose m’insupportent. Je me repliai donc dans le noir, furieux et effrayé, tâchant de comprendre quelle créature j’avais bien pu devenir. La question essentielle qui ne m’avait jusqu’alors pas effleuré l’esprit, et dont je n’eus la réponse que quelques jours plus tard, lorsque ma maîtresse, ma créatrice m’accorda l’honneur de sa présence.
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Torin Ó Loingsigh
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MessageSujet: Re: Torin Ó Loingsigh   Mar 8 Sep - 15:58

    « Un vampire. Tu es mort. »

    Quelques mots qui, alors que mon sort m’avait semblé des plus enviables, sonnaient dans sa bouche comme la sentence d’un crime qui m’était inconnu. Sa beauté m’abrutissait et son mépris m’étouffait, et je me contentais de me tenir droit devant elle, alors qu’elle s’amusait des pensées qu’elle n’avait aucun mal à deviner. Je la voulais. Terriblement. Et j’avais beau la trouver monstrueuse, j’étais résolu à la posséder. Seul maître à bord d’un radeau miteux, j’avais fait mon choix. Et j’étais certain, alors, qu’elle devrait m’obéir. C’était une femme.

    « Tu as chassé je suppose ? »

    J’acquiesçai et elle sourit. Elle était fière. Elle n’avait pas créé un incapable. J’avais survécu, et je m’étais nourri sans elle. J’avais tué, presque sans hésitation. C’était beaucoup plus qu’elle attendait de l’épave à qui elle avait offert la vie éternelle. Les premiers jours, nous restèrent dans les environs, et je finis par découvrir que nous n’étions pas si loin de chez moi que je l’avais cru la première fois. J’aurais pu voir Eimhear. Si seulement j’en avais eu envie, j’aurais pu revoir ceux qui avaient été ma vie. Mais ma mort me semblait plus intéressante. Mon attitude première, mêlée de crainte et d’une attirance pour celle qui m’avait fait vampire, cette idée présomptueuse qui coulait faire de moi son égal s’était vite effacée dès lors que les mots avaient fui ses lèvres. Pour elle aussi, j’étais le Bâtard. J’étais son jouet, rien de plus. Et je ne m’en suis jamais plaint. Douce Áine, terrifiante Áine. J’aurais aimé la tuer, j’aurais aimé la détruire et me prouver ce que je valais. Mais j’obéissais sans faillir. Ma belle maîtresse.

    Nous quittâmes assez vite les lieux pour Galway et ses environs. Les chasses avec elle étaient barbares, et je m’en détournai vite, préférant la netteté d’une traque solitaire. Plus j’apprenais, plus je la haïssais. Cruelle et mesquine. Elle déchirait, détruisait, faisait autant de morts que de compagnons d’un instant, qu’elle abandonnait aussitôt. Parfois, elle les abandonnait à l’écart, comme elle avait fait avec moi. Nous les retrouvions quelques jours plus tard, le plus souvent morts ou fous. Parfois nous arrivions un peu tard, et ils étaient partis. Des pantins, rien de plus. Les marionnettes d’un jeu qui rendait mon Áine folle de joie. Elle était puissante, elle était monstrueuse, et capricieuse à en mourir. Dix années avec elle m’apprirent plus que je n’en aurais appris en deux siècles avec beaucoup d’autres, tant sur notre condition que sur la barbarie dont les nôtres faisaient preuve et qui me rebutait toujours. Pas par compassion pour les humains, mais par simple goût de la propreté, du travail bien fait. J’avais abandonné mon existence humaine pour ce qui était pour moi bien meilleur, et je détestais l’idée de ternir cette vie avec des bassesses que je considérais comme purement humaines. Elle me manqua un peu. Le bruit et le contact, l’amour un peu malsain qu’elle me portait me manquaient. Et son corps, surtout. Ma délicieuse Áine qui ne reviendrait plus. Mais je ne la pleurai pas. J’avais mieux à faire.


Mullingar____...
    Je rejoignis Mullingar en moins de temps que je ne l’aurais cru. Seul, tout était plus simple, plus rapide. Les chasses étaient moins longues, et je n’avais jamais de corps à cacher en attendant que la transformation s’achève. L’horreur qu’elle infligeait au monde semblait se dissiper peu à peu alors que j’avançais et, si je ne l’oubliais pas, je commençais à préférer ma vie sans elle. Le plus dur restait la traversée des villes, et la population un peu plus dense que j’y rencontrai. Se cacher le jour, trouver un lieu suffisamment abrité, où le soleil ne perçait pas, une caisse en guise de cercueil... La douce époque de l’ignorance, ou je pensais qu’un vampire ne pouvait pas dormir autrement que coincé entre quatre planches de bois. Et même aujourd’hui que je sais, je dors toujours dans un cercueil. Plus rassurant, plus normal. Je suis mort, ça reste ma place. Il y avait donc les journées, à l’abri dans une cave quelconque, un sommeil souvent précipité par les premières brûlures d’un soleil qui ne cessait de me surprendre, peu habitué à avoir quelque chose à fuir. Puis il y avait les nuits, la soif, le désir. Les gens tout autour. J’avais beau savoir ce que j’étais, et n’avoir aucun regret, aucune pitié pour ceux qui m’offraient leur sang, il n’en restait pas moins que les choses n’étaient pas simple. Il fallait être discret, et cette impression d’être l’animal traqué me rendait encore plus furieux, et souvent un peu maladroit.

    Mais les villages n’étaient rien. Ce qui marqua réellement mon esprit un peu rural, ce fut Mullingar la belle. Ma première vraie ville. Avec des bâtiments dignes de ce nom, avec du monde, des rues. Il n’y avait pas le stade et ces immeubles qui la défigurent actuellement, mais la ville était impressionnante, surtout pour un homme habituée aux villages portuaires. J’avais connu Wexford et la mer, je me retrouvai en plein centre du pays. La seule mer qu’il y avait ici était faite de bâtiments et y vivre n’était pas des plus évidents, surtout dans mon cas. Ceci dit, j’étais moins affecté par la nouvelle domination de l’île par les anglais puisque je ne souffrais pas des mêmes privations que les mortels, et je n’eus pas trop de mal à trouver un appartement de façon plus ou moins honnête. J’avais beau ne pas vraiment aimer ce genre de méthodes, tuant hommes et femmes tous les soirs, je balayai rapidement les remords qui tentaient de m’assaillir. Ceux qui vivaient là étaient de toute façon des ordures, et j’étais certain que, vu les précautions que je prenais, leurs corps ne seraient pas découverts avant un moment.

    Me loger, aménager les lieux pour qu’un vampire puisse y vivre n’était pas vraiment compliqué. Se procurer un cercueil n’était pas une tâche bien compliquée, et les gens avaient trop à faire et étaient bien trop ignorants pour se soucier de ce qui pouvait se passer chez moi. Lorsque je sortais, ils étaient chez eux depuis déjà un bon moment, et en rentrant à l’aube, je les croisais parfois, sans qu’ils ne posent là moindre question, sans doute intimidés par mon malaise. Si j’étais rentré plus tôt, je ne les aurais sans doute jamais vu, et le soleil naissant ne m’aurais sans doute jamais atteint, mais j’étais (et je le suis toujours) de ces gens déterminés, pour ne pas dire bornés. Je ne supportais pas que le soleil me refuse ses rayons, et il n’était pas question, alors que j’avais tout juste posé un pied dans l’éternité, de passer mes nuits à guetter l’instant. On aurait pu voir les choses différemment, bien sûr. Puisque j’avais l’éternité, des nuits courtes n’étaient pas gênantes, tant que je faisais attention à mon entourage humain, que j’évitais les rumeurs à mon sujet, je savais que j’aurais toujours un lendemain et les capacités physiques pour faire ce que je voulais. Mais je n’étais pas de ceux qui s’accommodent de ce genre d’arrangements, et je ne voulais simplement pas capituler. Alors tant que ma nuit ne me semblait pas finie, je restais dehors, m’approchant parfois de mon domicile pour y rentrer plus rapidement quand l’heure serait venue. Les toutes premières lueurs du jour apparaissaient et avant que le soleil ne brûle, je rentrais m’abriter dans mon cercueil. Parfois encore, je ne faisais pas attention à l’heure, et la morsure d’un soleil furieux m’obligeait à me cacher dans une cave en attendant la nuit suivante.

    Le logement n’était donc pas un problème. Ce qui était bien moins aisé, en revanche, c’était la chasse. J’avais appris à être discret, loin de l’époque ridicule dans laquelle nous vivons aujourd’hui et qui, si elle permet d’adopter un style de vie confortable, a créé une génération de vampires de cabaret, qui vous égorge un passant sans la crainte d’être découvert. Au début du seizième siècle, les choses étaient différentes, et souvent bien plus normales, d’après moi. Il y avait déjà des gens saouls ou des inconscients, des racoleuses qui vous suivaient n’importe où pour peu que la bourse soit bien remplie (et au sens propre), et tuer n’était pas compliqué. Ce qui l’était, c’était de ne pas provoquer la suspicion en laissant les corps être découverts, avec deux jolies marques dans le cou. A l’époque, les examens post-mortem étaient moins poussés qu’aujourd’hui, et on trouvait souvent une veine à l’abri des regards, mais ça n’était pas la solution idéale. Et il ne fallait pas non plus que les corps se ressemblent trop. Ils avaient beau ne pas connaître grand-chose, tous ces gens, l’hypothèse du tueur en série n’a jamais nécessité une intelligence hors norme. Et finalement, la barbarie des méthodes de ma chère créatrice ne me parut plus si insensée, bien que toujours immorales. Personne n’était à l’abri des crocs d’une bête sauvage, d’un loup ou de pire encore, puisque la rumeur voulait que certaines créatures démoniaques rôdent dans les environs, d’après ce que l’on m’apprit une fois. Et c’est à moi qu’ils le disaient…

    Me débarrasser des corps était souvent plus compliqué que la chasse en elle-même et je pense que c’est ce qui me poussa à envisager l’idée d’avoir un nouveau compagnon, moins cruel qu’Áine et qui me permettrait de ne pas être seul, de m’occuper l’esprit et, sans doute, d’être plus prudent. A deux, les risques étaient multipliés, et je serais obligé de reprendre la route, où la traque était un réel plaisir. Je ne dirais pas que c’était un tort, sa présence me fut bénéfique et, dans un sens, son absence encore plus. Mais Cathal était un idiot à qui il était impossible d’apprendre quoi que ce soit. Je ne dirais pas que je ne l’aimais pas, mais il m’insupportait dans sa manie de tout prendre au jeu. En dehors de cela, c’était un garçon intelligent et, ce qui n’était pas négligeable, issu d’une famille assez aisée. Avec lui, je n’usais pas des mêmes méthodes qu’Áine, et il se réveillait chez moi, là même où il avait trouvé la mort. Après une phase d’adaptation relativement longue, comme je l’avais vu chez certains de mes touts premiers camarades, il cessa de s’interroger sur ce qu’il était et de craindre que le soleil ne surgisse de la nuit à tout moment. Il gagna en confiance, et moi en tranquillité, du moins pour un temps. Nous laissâmes donc Mullingar derrière nous en 1519 pour descendre vers le sud, sans but spécial.

    Nous évitâmes les premiers villages, nous contentant de les approcher les soirs de chasses (j’avais compris que si nous buvions assez de sang une nuit, nous pouvions nous abstenir de chasser une ou deux fois) et trouvions facilement des baraques abandonnées, comme celle qui avait vu mon premier éveil. Puis nous arrivâmes à Tullamore, et je décidai que nous y resterions un moment. Cathal était de toute façon né en ville, il y avait grandi, y était mort et passé ses premiers mois de vampires. Aucune raison de fuir plus longtemps. Cela dura un an. 12 mois avant que je ne me résolve à ne plus me soucier de lui et à le regarder mourir, cette fois, sans intervenir. Les humains sont idiots, mais lorsque vous jouez avec eux trop longtemps, ils finissent par connaître les règles. Mon compagnon fut blessé et si un humain serait mort de la plaie qui lui déchirait le ventre, il se contentait d’agoniser. J’aurais pu m’occuper de lui encore une fois, il n’aurait mis que quelques jours à guérir. Mais je laissai au soleil le soin de calmer sa douleur, désintéressé. Le calme me manquait.


L’Errance____...
    Après Mullingar et Tullamore, un peu plus d’une décennie plus tard, il y eut Limerick. Une des villes qui m’a le plus plu, sans qu’il n’y ait de raison particulière. Elle n’avait rien à voir avec Mullingar. Plus vaste, plus peuplée, j’ai pendant quelques mois cru que la vie y serait plus dure. Ce fut tout le contraire. M’y cacher était un jeu d’enfant, m’y nourrir encore plus. Je n’avais encore jamais vu Dublin, jamais vu Londres, et c’était pour moi la plus grande ville que je connaisse. Même aujourd’hui, alors que j’ai traversé les capitales, que je m’y suis même établi quelques mois, cette ville reste ma préférée. Probablement pour son histoire. Probablement pour ce que j’y ai vécu. Des années calmes, puis le retour de mon Áine. Limerick m’a vu naître, une troisième fois. Limerick assista à mon émancipation en même temps que j’observais les changements qui la secouaient, les combats d’une ville en expansion, marquée par les conflits religieux imposés par la couronne Anglaise.

    La première décennie fut extrêmement paisible et solitaire. Des plus agréables. Je m’instruisais, puisque je n’avais encore jamais eu l’occasion de fréquenter une bibliothèque comme celle que j’y trouvais et la ville elle-même, ses bâtiments et ses rues, m’instruisait. Je m’y sentais mieux qu’à Wexford, et une routine que rien ne pouvait déranger s’établit doucement, au fil des mois, alors que je commençais à travailler pour payer loyer et sorties. Pour la première fois depuis ma naissance, je vivais. Et il me paraissait assez ironique qu’il me faille être mort pour en arriver à cette constatation. Peu à peu, j’étais devenu suffisamment calme et instruit pour me permettre de trouver ceux de mon « espèce », bien que ce mot me fasse horreur. Limerick, comme toute grande ville, en abritait son lot, et il ne me fallut pas longtemps pour que les liens se tissent, fragiles et de circonstance, ce qui convenait parfaitement à mes attentes. Je ne voulais pas des amis mais des connaissances, des relations en cas de coup dur. Et le coup ne tarda pas à arriver, sous l’apparence trompeuse de deux jolies jeunes femmes.

    Mon Áine, ma douce et monstrueuse créatrice m’était revenue, et elle n’était pas seule. A ses côtés Aoife, jeune vampire d’une décennie à peine, insignifiante et d’une beauté insolente à la fois. Elle était celle qui m’avait remplacée, fragile et ferme, terrifiante à sa manière de par son attitude envers Áine. Un respect glacé, haineux, bien plus fort que la passion qui m’avait secoué alors que je suivais docilement les traces de ma première maitresse. Elles s’installèrent chez moi, envahirent ma mort sans que je les en empêchent. Áine avait tous les droits, même alors, c’était indéniable. Et il avait fallu être idiot pour refuser la chaleur féminine qu’elle m’offrait. Brutale Áine et sa pauvre Aoife… Ce fut elle qui passa le plus de temps dans mon lit, sans qu’il ne se passe rien (et vous pouvez ne pas me croire, mais je ne l’ai jamais touchée. Personne ne l’a sans doute jamais fait, d’ailleurs.). Il n’y avait pas de raison à cela, juste un calme qui me plaisait, une marée bouillonnante sous sa peau trop pâle, même pour un vampire, et qui me donnait envie de passer du temps avec elle. Peut être une certaine pointe de jalousie aussi à l’égard de celle qui avait pris ma place, un vague désir de vengeance pour celle qui la lui avait offerte et, plus profond, un devoir de protection envers le nouveau jouet d’Áine. Mais ce sont des choses que je n’avouerai jamais.
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Torin Ó Loingsigh
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MessageSujet: Re: Torin Ó Loingsigh   Sam 12 Sep - 19:55

    Notre entente, si tant est que l’on puisse nommer ainsi notre collaboration, ne dura pas plus de quatre ans. Et peu à peu, Aoife se rapprochait de moi, et notre créatrice se faisait remarquer, tant chez les humains que chez les vampires. C’est la raison qui m’a poussée à la tuer, avec l’aide des relations précédemment évoquées. Pas la seule raison, mais la principale. Les autres ne sont que le résultat de sentiments déplacés qui si elles m’ont aidé à commettre mon crime, furent rapidement oubliées. Nous attendîmes novembre 1551, Aoife et moi, pour assouvir une vengeance plus que méritée, et débarrasser l’humanité de la créature qui avait fait de nous ce que nous étions, qui nous avait arrachés à notre misérable vie pour nous offrir ce qui était pour nous une bénédiction. J’eus des remords, un peu plus tard. Mais eux encore, je les oubliais. Les émotions sont faites pour les mortels, pour leur donner l’illusion que leur vie trop courte a de la valeur. Quand on a l’éternité, on ne s’encombre pas de ce genre de choses.

    Il n’y eut pas de combat, pas d’affrontement, et encore moins de traque dans les rues de ma ville. Nous étions cinq – Aoife, trois vampires influents et moi – et plus qu’un meurtre, ce fut une mise à mort. Celle qui commençait à faire parler de ses actes, la barbare et merveilleuse beauté, fut tout simplement exécutée par cinq de ses congénères, tous plus jeunes qu’elle, tous désireux de conserver leur confort et leur paix. Nous la conduisîmes dans une sorte de hangar sur les quais, non loin de mon appartement, et là brulâmes. Puis les trois autres conservèrent ses cendres quelques jours, avant de finalement les disperser dans la poussière des rues de Limerick. Pauvre petite femme. Elle l’avait mérité, il m’avait même semblé, par moment, qu’elle appelait son sort, désirant que la délivrance vienne enfin. Je ne sais plus aujourd’hui si ces idées n’étaient que des prétextes ou si, finalement, ma terrible mère voulait réellement mourir, mais cette sensation est restée en moi, comme pour me permettre de profiter des siècles à venir. Plus qu’une excuse, un pardon.

    Après cette nuit, les choses se calmèrent, peu à peu. Aoife et moi nous rapprochions, sans jamais nous toucher. Sans jamais en avoir même l’envie, d’ailleurs. Cela ne fonctionnait pas. Sans notre créatrice, elle semblait devenir plus jolie, mais aussi plus fragile, et un peu vide. Elle ne voulait pas être seule, et j’étais ravie d’avoir quelqu’un à qui enseigner, quelqu’un qui apprendrait avec moi et me ferait oublier Cathal, mes échecs divers et variés. C’est ce qu’elle fit, six ans durant. Puis je décidai de changer d’air. Pas d’autre raison qu’un besoin d’air et, surtout, de mer. La rivière qui traversait la ville, elle-même presque aux portes d’un estuaire, ne me suffisait plus. Je voulais l’océan Atlantique, le véritable, son écume mousseuse et ses vagues dévorantes. Je voulais le courant et les embruns, le sable et les falaises. Avoir l’impression d’être marin, finalement, comme si ce rêve bizarre ne m’avait jamais quitté, bien que j’ai depuis longtemps renoncé à mon moi humain. J’avais besoin d’espace, simplement.

    Alors je laissai à Aoife mon appartement, jugeant que mon amie y serait bien et que, si jamais l’envie me prenait, je pourrais revenir m’y réfugier, las et heureux. Je lui laissai mes livres, mes biens, ne pris que mon argent, songeant qu’il me serait plus facile de m’établir dans la prochaine ville. J’avais décidé, avant d’avancer vers l’eau, de remonter vers le Nord. La grande Galway et les lochs qui l’entouraient. J’aurais pu trouver plus court, pour voir la mer, mais ça n’aurait été que trop simple, et donc dommage. J’abandonnai donc mon alliée, m’étant assuré que tout irait bien pour elle, et marchai. Je chassai un peu moins souvent, ayant un peu perdu l’habitude de ce mode de vie, et me contentai d’avancer, droit devant moi et sans me soucier du reste. Si je n’évitais plus les villes, je ne cherchais pas non plus leur animation. J’occupais les hôtels ou les caves, parfois les cryptes. Cliché, mais confortable.

    Lorsque j’atteignis Galway, j’y passai quelques mois. C’était grand, agréable, mais ça ne me convenait pas. Trop peu maritime à mon goût, là encore. Alors je repris la route, vers le nord cette fois, revenant sur mes pas pour rentrer chez moi. Je traversai Ennis, repassai par Limerick et, n’y trouvant plus personne, repris mon projet premier : Voir l’Océan.


La Reine____...
    Je pourrais passer des heures à décrire Kilkee, ses maisons, ses plages. Je pourrais passer des siècles à raconter l’océan. Mais ça n’aurait pas le moindre intérêt. Parce que finalement, ce ne sont que des lieux auxquels je ne suis pas attaché, malgré leur beauté. Mon histoire me semble être un sujet plus intéressant, et déjà suffisamment complet pour que je ne m’égare pas en louanges sur mes paysages préférés. Kilkee ne fut ma maison qu’une dizaine d’années, et la vie là-bas était tranquille, ordinaire. Elle me permit de me reposer un peu, de faire le point et de retrouver mes esprits. Puis ce fut la guerre. Une guerre comme il n’y en avait pas eu depuis longtemps, et qui n’avait rien à voir avec les divers conflits que j’avais connu. Ce fut le signal du départ, et je repris la route vers l’intérieur des terres, bien décidé à faire honneur à mon pays. Les anglais et leur religion n’avaient rien à faire chez moi.

    Avec les combats, je ne me déplaçais que trop lentement. Je restai quelques temps dans un village ou une ferme, profitant de la panique générale qui me facilita la vie. Je pus recommencer à chasser plus souvent, sans avoir besoin de cacher les corps ensuite. Un mort de plus ou de moins, ça ne faisait pas une grande différence. Le voyage dura à peine cinq ans, et je n’étais pas allé bien loin. La guerre me fascinait, tant par sa violence que je trouvais répugnante que par l’artifice d’émotions que l’on trouvait un peu partout. Un spectacle sublime dont le bouquet final éclata dans une grange, non loin d’Inagh (comté de Clare). Encore une fois, je trouvai une bonne raison de mettre un terme à mon errance, un prétexte pour me fixer quelques décennies. Malgré de nombreuses tentatives, je suppose que je ne suis pas comme ma créatrice, ou comme certains vampires dont j’ai croisé la route et que j’ai longtemps admirés. Je n’ai rien d’un vagabond, et cette grange ne fut au fond qu’une vague excuse. J’avais besoin de compagnie, encore, j’avais besoin de cette fille.

    Si elle était restée plus calme, plus insipide, je ne l’aurais sans doute pas remarquée et me serais contentée de me nourrir sur un villageois quelconque, sans me poser de question. Ils allaient tous mourir, de toute façon. Et ça n’est pas un sarcasme sur la futilité de l’existence, c’était un fait. Nous étions en guerre, et tous ceux que je croisais ici n’aspiraient qu’à la mort, d’une certaine façon. L’arme au poing sans savoir s’en servir, un vague sentiment de patriotisme alors qu’ils étaient juste terrifiés… C’était ça le pire : la peur, le sang, les cris, ces appels qui réveillaient ma soif, même lorsque que j’avais déjà chassé. Si elle était parvenue à s’endormir, à se taire un peu, je ne l’aurais pas vue, et elle serait morte simplement dans les jours qui allaient suivre. Mais les battements de son cœur et ses pleurs m’avaient attirés, et j’avais décidé de chasser encore un peu. Elle serait morte de toute façon.

    J’avais d’abord entendu sa voix, sans être encore parvenu à trouver sa silhouette dans la grange encombrée. Un simple murmure alors qu’elle aurait sans doute dû se taire, puisqu’un humain ne l’aurait sans doute pas remarquée. Elle était terrorisée, et elle s’efforçait de conserver une voix calme qui ne lui allait pas. Elle ne bougea pas, alors qu’elle aurait dû fuir, ou au moins essayer. Elle priait, inlassablement, mais pas contre moi, et m’approcher n’était pas trop dur. Plus j’avançai, moins ses prières étaient fortes, et elle finit par les oublier alors que je me mettais à sa hauteur. Là encore, elle n’aurait pas dû, et j’observais un moment le rosaire en bois qui reposait dans sa main, et la croix qui balançait doucement, butant contre ses genoux relevés, comme un rempart entre elle et moi.


    « Qui êtes-vous ? »

    Je ne répondis pas, me contentant de croiser son regard, l’incitant à prendre la main que je lui tendais. Je n’avais jamais été de ceux qui utilisent nos dons pour tout et pour rien, et l’hypnose était un outil dont je me servais assez peu, n’en ayant pas vraiment besoin. Je me moquais que mes victimes crient, qu’elles aient peur. Si on n’avait pas peur en mourant, les choses n’avaient aucun sens. Je n’en avais pas besoin non plus pour qu’ils m’oublient, les vivants que je fréquentais n’avaient jamais le loisir de parler de moi. J’avais toutefois appris à m’en servir, parce que les dons que nous possédions faisaient de nous ce que nous étions, d’après moi. Mon regard se fit donc plus convaincant que n’importe quel mot, et ma proie m’offrit sa main, persuadée que j’allais l’aider.

    Même aujourd’hui, je ne sais pas vraiment quand j’ai décidé de faire de cette fille ma compagne. J’étais peut être entré là avec cette seule intention, au fond, me servant de la chasse comme d’un prétexte pour m’offrir la compagnie d’un nouveau vampire. J’aurais simplement pu rester avec Aoife, quelques années plus tôt, et je n’aurais pas eu besoin de fuir, pas besoin non plus de trouver des excuses pour chaque acte. Mais finalement, ça n’aurait pas fonctionné bien longtemps. Il serait arrivé un temps où nous aurions connu des désaccords. Créer un vampire, lui imposer mes règles était la meilleure solution pour m’éviter la solitude, encore une fois. Cette fille serait parfaite.

    Je l’attirai à moi et elle ne résista pas, s’effondrant dans mes bras, toujours nerveuse mais docile, ce qui m’évitait d’avoir à la brusquer. Je devais faire les choses correctement, pas comme pour ma transformation ou celle de Cathal. Je savais comment m’y prendre, et j’étais persuadé que plus sa mort serait douce, plus facile serait sa naissance. Chacun ses illusions, et l’immortalité n’apporte jamais la connaissance absolue. Je faisais donc les choses avec toute la délicatesse et la patience dont j’étais capable, ce qui était avouons le assez peu, contrôlant ma soif et mes pulsions.

    J’entendis le chapelet tomber dans la poussière et cessai de boire, à contrecœur. Les battements de son cœur étaient lents, sa respiration à peine audible, et elle ne faisait aucun effort pour tenter de conserver le peu de vie qu’il lui restait. Pas de grande goulée d’air désespérée, pas de gémissement de douleur, rien. Avec la pointe de mon couteau, je m’entaillai la paume pour faire tomber quelques gouttes sur ses lèvres, pour l’obliger à accepter mon sang. Lorsqu’elle commença à se reprendre un peu, la lame frôla mon cou, entaillant la peau, encore, et j’attirai la fille à moi pour qu’elle boive à son tour, souriant lorsque ses bras m’enlacèrent et qu’elle se fit plus présente, plus avide. J’étais ravi et fier, certain que les choses se passeraient exactement comme je l’avais pensé. Evidemment ce ne fut pas le cas.

    Les premières semaines furent pénibles, et il fallait qu’elle me plaise réellement pour que je ne m’en débarrasse pas. Cela n’avait rien à voir avec ma première expérience, elle ne ressemblait en rien à Cathal. Elle était dissipée, difficilement contrôlable, mais elle apprenait, elle écoutait, et son attitude ne résultait que de sa colère. Rien à voir avec l’idiotie du premier. Au tout début, elle se retourna contre moi. Et je la fis mienne. Je lui imposai ma présence, mon corps, me montrai maître et amant à la fois, lui apprenant ce qu’elle ne connaissait pas. Après ça, les choses changèrent un peu. Elle cessa de m’accuser pour ne plus se battre que contre ce qu’elle était, se révolter contre elle-même. Elle ne m’affrontait plus, ne cherchait plus à me provoquer mais me fuyait, inlassablement. Les premières fois, je la rattrapais rapidement, peu désireux de la voir s’éloigner, sans comprendre son envie de solitude ni pourquoi elle tenait à ce point à être seule, livrée à elle-même alors qu’elle ne savait rien sur elle, ses besoins ou ses devoirs. Chaque fois, c’était exactement pareil. Elle tentait de me quitter et je la ramenais à moi, elle criait, pleurait parfois, comme une enfant contrainte de se plier aux règles des adultes.

    Cela dura trois mois. Puis elle fugua, de nouveau. Cette fois, je la laissai faire, conscient qu’elle ne tarderait pas à rentrer. L’aube approchait, et je l’avais pour le moment toujours préservée de la brûlure du soleil. Je m’étais toujours imposé comme je savais qu’elle m’écoutait, sans prendre la peine de lui expliquer exactement les effets que le jour aurait sur elle. Je m’étais contenté de l’avertir des dangers, simplement et sans entrer dans les détails. Je l’avais toujours protégée, lui évitant le sort de Cathal et une exposition qui m’avait longtemps fait souffrir puisque je refusais de passer mes nuits à vérifier l’heure. Mais j’étais las de lui courir après, toujours, et d’essayer de la convaincre de rester. Cette fois-ci, elle comprit. Elle n’était pas encore loin et aux premières douleurs, elle revint vers moi, se réfugiant dans mes bras. Et les choses devinrent plus calmes, nos relations plus agréables.

    Liadan apprenait vite, et voulait toujours connaître plus. Elle acceptait sa condition, doucement, et les révoltes se faisaient rares. Le seul problème qui ne s’est jamais estompé, bien qu’elle fasse des efforts en ma présence, était la chasse. Elle y prenait beaucoup trop de plaisir, et si j’étais parvenu à lui faire prendre l’habitude d’achever ses proies, elle ne parvenait pas à contrôler certaines autres pulsions. Alors que je tentais de la pousser vers les hommes, elle choisissait ses victimes jeunes, voire trop jeune. Mais il y avait pire, plus important. Dans mon désir de m’établir, avec toujours en moi l’envie de lui faciliter les choses, nous étions restés dans le secteur, trouvant notre repos dans la grange où je l’avais sauvée. Cela me paraissait idéal. Et lorsqu’elle chassait avec moi, elle parvenait même à oublier ses proies juvéniles pour celles que je lui imposais. Quand je m’absentais, en revanche, ses habitudes alimentaires changeaient, et elle choisissait les proies avec soin, exécutant tous ceux qu’elle avait connu. Et elle faisait ça bien, me le dissimulait avec soin, se montrant toujours docile et bonne élève. Alors je pardonnais. Parce qu’elle était douée, et parce qu’elle était à moi, qu’elle me plaisait, et que je refusais de l’abandonner elle aussi. Il aurait fallu qu’elle franchisse bon nombre de limites pour que je réagisse autrement qu’avec un sermon et en la soumettant. Ce qu’elle fit.
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Torin Ó Loingsigh
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MessageSujet: Re: Torin Ó Loingsigh   Mar 15 Sep - 2:19

    Je m’étais imaginé une éternité qui se rapprocherait de mon idéal, quelque chose dont je pourrais être fier et que l’on m’envierait. J’avais cru, ces soixante années passées avec elles, qu’elle était parfaite. Ma Liadan n’avait rien à envier à la naissance de Cathal, à la douce beauté et à la sagesse d’Aoife ni, ce que j’aurais aimé éviter, à la brutalité d’Aine et à son gout pout le jeu. Seulement avec elle, ça n’était que passager, et le plus souvent, elle parvenait à ne commettre ses écarts de conduite que lorsque je n’étais pas là. Elle s’efforçait de me le cacher – ce qui rendait ses crimes moins importants – et je feignais de ne rien savoir, alors que tous deux savions que le problème n’avait rien d’insignifiant. Mais c’était plus simple ainsi, et je refusais de la perdre elle aussi, juste parce qu’elle brisait une ou deux règles. Elle était à moi, et puisque c’était en partie pour cette raison que je l’avais créée, je l’aimais. J’avais voulu non pas une compagne mais LA vampire qui serait éternellement mienne, et j’avais le sentiment que nous commencions à effleurer ce but.

    Seulement cette fois encore, j’avais été un peu trop naïf, et l’incident qui nous sépara ne se produisit pas qu’à cause de ses pulsions. J’avais voulu que nous restions dans la grande où je l’avais faite, ce lieu qui l’avait vu naître et où nous étions en sécurité. Avec la guerre, il nous était facile de chasser sans problèmes et une fois les conflits bien finis, Liadan était capable de se contrôler un minimum et faisait preuve d’une certaine discrétion, aussi je n’avais pas vu l’utilité de partir. Et comme je l’ai déjà dit, malgré mes nombreux voyages, j’ai toujours éprouvé le besoin de m’établir quelque part, et je n’avais pas la moindre envie de quitter Inagh. Lorsque nous avions besoin de chasser plus librement, il nous suffisait de nous éloigner un peu, d’approcher Ennis, un peu plus peuplée, ou de nous contourner le mont Callan, pour trouver dans les terres les ermites, ceux qui mouraient sans inquiéter que ce soit. Parfois, rarement, nous ne tuions pas, usant de mon hypnose pour que les gens nous oublient. Mais Liadan ne maîtrisait pas le don, et le plus souvent, je jugeai la mort préférable à ce genre de méthodes.

    Quoiqu’il en soit, jusqu’en 1700 à peu près, sans doute un peu plus, nous ne nous en tirions pas si mal, et j’étais certain que les choses continueraient ainsi, aussi je me contentais de repousser notre fuite. Je l’emmènerais à Limerick, Mullingar ou nous irions visiter Dublin, comme il lui plairait, mais je voulais rester encore un peu. Ce fut une erreur. Si nous pouvions nous contenter d’un mort toutes les deux, trois nuits, je n’appréciais que peu ces restrictions et Liadan encore moins. Elle refusait tout simplement de perdre ce que nous avions parce que les humains avaient peur, bien qu’elle soit à l’origine de leur terreur. Aussi nous chassions presque toutes les nuits, partageant régulièrement la même proie, et elle recommençait doucement à jouer de la traque. Elle aimait que son humain ait peur, sans doute comme nous tous, mais se méthodes n’étaient pas assez discrète, et le bruit commençait à courir qu’il y avait dans les environs un démon, une créature du Diable qui se repaissait des âmes humaines. Incorrect, mais pas moins dangereux.

    Le soir où je la perdis, nous n’avions pas chassé depuis plusieurs nuits, et commencions à souffrir de la faim. Nous avions, encore une fois, décidé de nous partager la même vie, pour plus de discrétion, puisque nous ne pouvions pas laisser vivre notre proie. Nous n’aurions de toute façon sans doute pas pu nous contenter d’un simple litre de sang. Nous avions quitté la grange assez tôt, et guetté un bon moment. La nuit maintenant bien sombre nous permettait de nous approcher du cœur d’Inagh sans trop de peine, et nous repérâmes un homme, seul et terrifié. Mortellement attirant. Une cible bien trop facile pour ne pas me faire douter, mais Liadan ne voyait en lui que le sang qui dansait sous sa peau, et mes ordres ne l’atteignirent pas. Elle crachait quelques blasphèmes que j’ignorais, lui intimant une nouvelle fois l’ordre de ne pas bouger, mais l’homme sembla distrait, l’espace d’une seconde, et je la vis partir. Sublime et idiote. Mon amour trop pressé.

    Je remarquai son pas incertain, la seconde où elle réalisa que je ne la suivais pas, et la peur immonde qui l’envahit lorsqu’elle comprit ce qui se passait, l’intention des humains à notre égard et le piège qu’ils nous avaient tendu. Avant qu’elle n’ait eu le temps de chercher ma présence, j’avais disparu, incapable de la voir mourir, et peu désireux de voir mon heure venir. J’avais pardonné toutes ses erreurs, comme si les lois n’étaient rien, et il ne restait que l’ultime : mourir seul. Elle le savait et ne tenta même pas de me rejoindre. D’après ce que j’entendais, je devinai qu’elle se battait, qu’elle perdait, et sut que jamais elle ne me mettrait en danger. Le bruit cessa, enfin, et j’attendis encore, terré dans ma grange, furieux et désespéré. Je laissai le temps passer et me décidai peu avant l’aube. Sans un bruit, je regagnai Inagh, plus méfiant que jamais, tentant de retrouver ma compagne. Une tâche aisée, puisque je l’aurais retrouvée n’importe où. Ils me l’avaient pendue presque vidée de son sang, transpercée par leurs armes, poignards, fourches où que sais-je encore. Ma belle dame grise. Après m’être assuré que le type qui surveillait son corps était bien seul, j’usais de mon don d’hypnose pour qu’il me la ramène, le persuadant qu’il l’avait enterrée non loin, pour ne pas qu’elle attire ses compagnons. L’homme se montra docile, forcé d’obéir et je récupérais ma compagne avant de regagner notre grange.

    J’aurais voulu rester avec elle, je ne le nierai pas. Mais à quoi servent les règles si on ne les respecte pas ? Je la plaçai dans son cercueil, glissant dans ses doigts le chapelet avec lequel elle priait le soir de sa mort. Je récupérai à peine quelques affaires, le plus important (un dessin et un peu d’argent) et quittai les lieux, fuyant de nouveau.


Cú Chulainn____...
    Je crois que je n’ai jamais voulu mourir. Pas depuis que je suis éternel, en tous cas. Je tiens certainement plus à la vie maintenant qu’elle m’est définitivement acquise, d’ailleurs. Peut être parce que s’attacher à ce qui ne vous appartient pas et peut vous être retiré à n’importe quel moment est inutile, peut être parce que je n’avais alors aucune conscience de ce qu’est la mort, je n’en ai pas la moindre idée. Toujours est-il que si l’idée de mettre fin à mes jours m’a déjà traversé l’esprit, ça n’était que par simple curiosité quant aux méthodes que j’emploierais et aux conséquences que cela aurait d’un point de vue religieux. Je savais que le suicide était un péché, mais considérant que notre état lui-même était une offense à Dieu, d’après nos prêtres, je me demandais si le suicide pouvait passer pour un sacrifice et donc nous accorder une place aux côtés de l’Eternel. Ces questionnements sont les seuls motifs qui m’ont fait réfléchir sur ma mort.

    Jamais donc, je n’ai souhaité mettre fin à ma vie. Même après la mort de Liadan, sa trahison et mon abandon. Dans le pire des cas, dans ces situations, j’éprouvais simplement le besoin de m’exiler, de disparaître en attendant des temps moins hostiles. C’est un avantage, lorsque l’on n’a pas de date limite. Tout peut être repoussé, et il suffit souvent d’attendre que la roue tourne et que les temps changent. C’est ce sentiment qui me poussa à aller vers l’Est, avec Wexford pour destination. Pas seulement ma ville, mais aussi celle qui, avec Drogheda, avait été détruite par les Anglais, tout à la fin des guerres Cromwelliennes. Toute ma vie humaine réduite à néant, les gens que je connaissais, leurs descendants disparus. Il n’y avait plus rien, que mes souvenirs flous d’une vie presque oubliée, et je trouvai le lieu idéal pour ce que je voulais faire.

    Je voulais attendre. M’établir dans ma ville, seul au milieu des débris, sans me soucier des éventuels humains de passage que je pourrais tuer à ma guise. Lorsque l’on traverse une ville fantôme, c’est à ses risques et périls, tout le monde sait ça. Et les premiers serviraient d’exemple aux suivant, me garantissant ainsi un calme presque absolu. C’était le plan, après trois ans pour traverser l’Irlande d’ouest en est. Au tout début, je passai quelques temps à Ennis. Histoire d’être bien sûr de mon choix, et pour conserver une mince possibilité de retourner vers Liadan. J’y restai deux mois, et n’ayant pas de nouvelles d’elle, me décidai finalement. J’abandonnai le comté de Clare, les terres que je connaissais par cœur pour errer encore un peu, haïssant cet état comme s’il m’était imposé, refusant d’accepter que mon éternité puisse-t-être faite de fuites incessantes.

    L’arrivée à Wexford fut à la hauteur de mes attentes, et je me détendais enfin, assez heureux d’être de retour chez moi. Les choses n’avaient plus rien à voir avec ce que je connaissais, déformées tant par la guerre que par mes sens vampiriques, et je savourai cette sensation indescriptible qui m’envahissait. Tout était neuf et bien connu, et la ville était comme moi, dévastée mais fière. Sublime et tellement vide… Je m’y sentais bien, et je n’eus aucun mal à appliquer mes plans. Je savourais ma liberté, retrouvais ma mer, mes plages, et une solitude qui, bien que je l’avais longuement fuie, me faisait le plus grand bien. Les premiers temps, je tâchais de m’interroger sur le sort de ma Dame grise. Finalement, les mois passant, je finis par ranger le dessin que j’avais un jour fait d’elle dans un coffret trouvé dans les ruines, et oubliai tout. C’est probablement le fait de ne plus être rien si salvateur et périlleux à la fois, qui me fit devenir ce que je fus en suite.

    Cette vie-là ne s’acheva que lorsque les conflits éclatèrent de nouveau, envahissant ma retraite et piétinant ma Wexford bien-aimée. Brisant mes rêves.

    Je ne saurais vous expliquer comment exactement je suis devenu Cú Chulainn, le chien de Culann. Parce que mes souvenirs sont assez vagues, douloureux, et parce que ce serait trop long. Toujours est-il que je devins celui qu’enfant, comme beaucoup d’autre, j’avais admiré. Une légende. N’allez pas croire que je suis une célébrité parmi mes pairs ou que mes faits ont marqué l’histoire, mais parce que paraît-il je n’avais rien à envier à la brutalité que l’on prête au héro. Je me lançai dans la guerre non pas avec envie mais avec rage, et je mettais un point d’honneur à ce que la plupart de mes victimes soient méconnaissables. Aine aurait été fière, ma douce barbare… Je repoussai les Anglais avec toutes les forces que ma damnation avait mises à ma disposition, et parfois, les Irlandais aussi. Je m’appliquais en réalité à repousser l’humanité qui tentait de m’approcher, comme si elle pouvait être contagieuse.

    Je voulais qu’ils souffrent comme ils blessaient l’Irlande, que chacune de ses plaies soit pansée par un corps. Plus simplement, je voulais tuer, apaiser mes colères et tout ce que j’avais à crier au Seigneur – l’autre – depuis ma mort. Alors que la couronne anglaise était enfin parvenue à rattacher notre rocher à son île, les conflits ne cessaient pas, redoublant de violence. Qui s’intéressait aux morts quand le pays courbait l’échine ? Personne. Et la violence des vivants nourrissait ma fureur, m’encourageant à être toujours plus brutal. Je me haïssais, et les choses ne faisaient qu’empirer. Je me remis alors à voyager. J’avais quitté Wexford en 1798, à la fin de l’année. Quand le rattachement de notre pays au nouveau Royaume-Uni, en 1800, j’étais déjà bien à l’intérieur des Terres. Je fréquentais les villes comme Mullingar, ou les soulèvements étaient plus forts. Les guerres ne cessaient plus, s’enchainant, se mêlant, une nouvelle apparaissant avant même que la première ne s’étouffe.

    Puis les choses prirent un nouveau tournant vers le milieu du siècle. La famine détruisit tout, faisant fuir mortels et vampires. Nous fûmes peu nombreux à rester en Irlande, et encore moins dans les grandes villes. Lorsque la population était ainsi décimée, et que les survivants fuyaient, la plupart des vampires les suivaient, peu désireux de se partager les restes. Pour ma part je n’avais jamais quitté l’Irlande et n’avais pas la moindre intention d’embarquer pour le continent ou les états unis. J’avais gagné Dublin quand les premiers en partaient, et la souffrance qui régnait ici me convenait. Si la violence pure qui m’avait habitée pendant les combats s’était à peu près dissipée, et il ne me restait à présent que la cruauté, froide et paisible. Agréable. Aine aurait apprécié le spectacle, réellement. Je prenais un plaisir particulier à la chasse, bien conscient que tant que ma victime ne s’en tirait pas vivante pour raconter ce qu’elle avait vu, je ne risquai rien.

    C’est à cette époque aussi que je commençais à me lier avec d’autres vampires. Puisque nous étions moins nombreux, ceux qui restaient avaient tendance à se regrouper, et comme je l’avais fait à Limerick, je tissais quelques liens, établissant des relations distantes et simplement utilitaires. Pas d’amitié, mais une vague question de pouvoir et de reconnaissance. S’annoncer pour ne pas se faire tuer. La réputation que j’avais commencé à me faire me précéda, comme souvent, et quelques alliés m’entourèrent rapidement, cherchant ma protection plus qu’autre chose, alors que nous ne risquions pas grand-chose. Après les grands drames de la famine, la fin du siècle fut plus calme, et les hommes trop occupés à se reconstruire pour se battre.

    Mais comme toutes les trêves, celle si ne dura qu’un temps, nous permettant juste de nous poser un peu pour mieux affronter ce qui allait venir avec le nouveau siècle. Le monde, et l’Europe puisque c’était ce qui nous concernait principalement, avait progressé. Et avec cette évolution venait aussi une vague évolution de l’art de faire la guerre. Pourtant, je ne trouvais aux combats du XX° siècle aucune différence avec ceux d’avant, si ce n’est que tout était plus rapide. Les insurrections démarraient en un éclair et on les étouffait d’une menace. Chaque fois, une nouvelle révolte naissait, tentant de varier les moyens et les impacts. Chaque fois, le Chien en moi s’épanouissait, prenant part active dans les affrontements.

    Mais ce nom, Cú Chulainn, prit tout son sens et me fut réellement attribué par mes pairs lors de ce que l’on nomme les Pâques Sanglantes, en 1916. L’insurrection avait été prévue de longue date, mais rien ne s’était déroulé correctement, et Dublin avait été le théâtre d’affrontements terribles durant six jours. Je combattis alors aux côtés des humains, plus furieux qu’eux, plus discrets aussi, malgré mes massacre. Cinq nuits de terreurs, délicieuses, et durant lesquelles je tâchais d’imposer à chaque soldat anglais qui croisait ma route tout ce qu’avait subi mon Irlande en près de trois siècles. Chacun payait pour Eimhear, et chacun, plus simplement, me permettait d’assouvir une vengeance personnelle et délectable.
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MessageSujet: Re: Torin Ó Loingsigh   Mer 16 Sep - 1:11

    Même après ces quelques jours, il me fallut du temps pour que ma colère retombe, peu sensible aux répressions anglaises. J’avais beau être un vampire, j’avais comme les autres mis des mois à préparer cette histoire, et j’avais du mal, avec un ou deux autre vampires qui m’avaient suivi dans mes élans patriotiques, à laisser les choses comme elles étaient : inchangées. Je tuais moins, bien sûr, mais toujours avec autant de violence, profitant de la misère générale et de la première grande guerre qui occupait déjà bien les esprits pour devenir plus animal qu’humain dans mes chasses. Aine me l’avait appris, la barbarie, quelque soit le nombre de litres de sang prélevés, ne désignait jamais un vampire. De notre temps à tous les deux, cela accusait les bêtes sauvages, mais au début du nouveau siècle, on pensait plutôt à un homme un peu fou et sociopathe. Nous commençâmes assez vite à entendre parler de nos actes, bien sûr, amusés de ce que certains Irlandais nous appréciaient. On disait de nous que nous étions un groupe de rebelles redoutables qui avait échappé aux forces anglaises. Et si nos crimes ne faisaient bien sûr pas l’unanimité, vous pouviez toujours entendre dans un pub que grâce à nous, le cœur irlandais de Dublin n’était pas mort.

    Nous partîmes en octobre 1917, depuis un moment déjà lassés de nos actes sans grands impacts, et certains que le Sinn Féin, notre parti politique auquel on attribuait les insurrections de Pâques, saurait jouer de sa popularité et faire comprendre aux Anglais et à leur reine que l’Irlande ne se rend jamais et meurt libre, quoi qu’il advienne. Nous avions encore pris part aux combats lorsque la guerre civile éclata, inlassables guerriers, sans cesser de nous déplacer pour autant, et toujours aussi discret, à peine sujets aux rumeurs. Les choses pour moi se calmèrent doucement, et si je n’avais pas perdu une certaine irascibilité, elle s’estompait au fur que la compagnie autour de moi évoluait. Nous étions quatre à quitter Dublin, trois vampires qui voyaient en moi ce qu’ils voulaient, peu m’importait, et qui n’avaient aucune peine à obéir à mes ordres, visiblement ravis d’avoir un chef. Parmi eux Artghal, sorte d’électron libre qui est toujours à mes côtés, et Corb, dont je reparlerais plus tard.

    Les chasses en groupe étaient plus aisées que je ne l’aurais pensé, ayant toujours en tête le souvenir de Liadan et de nos chasses désastreuses. Mais les temps avaient changé, et ceux qui m’accompagnaient n’avaient aucun mal à partager leurs proies où à ne chasser qu’une nuit sur deux. De plus, nous étions toujours en mouvements, et étions suffisamment intelligents (ou obéissants pour certains) pour que les morts ne se ressemblent pas. A grande échelle, la rumeur d’un tueur en série n’a jamais été bénéfiques à nos chasses, et nous savions de ce que nous connaissions de l’extérieur que ces choses là étaient rapidement supposées dès qu’un ou deux corps comportait trop de similitudes. Nous errions sans but réel, traversant Mullingar que je haïssais, la trouvant enlaidie par une modernité trop sale, et ne restions nulle part, ou presque.

    Pendant un temps, nous trouvâmes amusant d’investir le château d’un vieux clan, puisqu’avec la fuite des comtes, quelques siècles plus tôt, et les ravages des guerres incessantes, beaucoup demeuraient inoccupés. Nous y restâmes jusqu’à 1960 à peu près, et de nouveau, je me lassais d’une compagnie exclusivement vampirique et de la parodie que nous jouions (mal pour ne rien arranger) sur les terres des fuyards. Je laissai donc le château à ceux qui désiraient rester et repris la route, accompagné de cinq vampires apparemment loyaux dont, toujours, Corb et Artghal, deux frères assez étranges qui s’étaient eux même prénommés Feren et Fergal, et un autre sans intérêt dont le nom m’échappe. Je résistai à l’envie de redescendre vers le Sud, pour avoir des nouvelles de Limerick, du comté et des deux femmes que j’y avais perdu et repartis de nouveau vers la mer, sans toutefois y parvenir.

    Certains lieux ordinaires retiennent votre attention et vous prive de toute liberté, vous rendant presque amoureux. Ce fut le cas, comme pour Limerick auparavant, de Headford et de ses environs, des terres sous le contrôle d’une seule et même famille, inchangée au fil des générations, et qui visiblement ignorait tout des vampires. Nous étions en 1984, et le monarque alors en place semblait composer parfaitement avec notre secret. Les croisades n’étaient même pas un projet et nous n’aurions jamais pensé que nous pourrions bientôt vivre au grand jour (particulièrement paradoxal pour des vampires), ce qui ne m’empêcha de me rapprocher des humains, me dévoilant peu à peu.


From little wolf to Hair of the dog____...
    Je pourrais vous raconter les premières décennies, de la nuit où je me suis installé dans ce petit motel au cœur d’Headford, avec Ardghal et les autres, au moment où tout bascula, encore. Je pourrais vous narrer mes nuits, mon rapprochement avec la famille Riagal et le patriarche et maire de l’époque, Cuallaid. Mais soyons franc, cette histoire-là serait terriblement longue et trop paisible pour être intéressante. Si vous voulez jouer les voyeurs, en apprendre un peu plus sur les jeux de pouvoir qui sont inévitables lorsqu’une même famille dirige des Terres depuis plusieurs générations, prenez un bouquin d’histoire et feuilletez le. Ces choses ne sont de toute façon que rarement compréhensibles. Chaque affaire est différente, et pourtant monstrueusement semblable à toute autre.

    Ce que vous devez savoir, c’est qu’après quelques années à m’approcher de Cuallaid et de sa famille, j’étais parvenu à marquer leurs esprits et m’imposer si bien que leur fils unique, Corann, me vit comme un sauveur lorsque les vampires commencèrent à se faire plus présents. Nous n’étions pas encore à la tête des gouvernements, mais l’époque faisait que souvent, les nôtres étaient moins discrets, et j’en profitai. Le garçon m’avait vu toute sa vie, immuable et angélique. Je pense que c’est la première chose que voient les enfants chez moi. Cette figure de saint que je tiens d’on ne sait où. Je n’ai pas le souvenir que ma mère ait eu un air biblique, mais je me doute que la douceur et la bonté dont elle savait faire preuve avaient été salies par les idiots qui passaient sur son corps, par ses bourreaux masculins.

    Toujours est-il que Corann me respectait et m’admirait, et ce fut tout naturellement que lorsque les premiers massacres se produisirent (et je ne tenterai pas de faire croire que les miens n’y participèrent pas), le jeune maire se tourna vers moi, m’accordant sa confiance et sa peur, sa superstition le poussant à s’interroger sur mes origines divines. Mais sa soudaine lucidité, et sa crainte grandissante ne changèrent pas grand-chose à l’image qu’il avait de moi. Je l’avais vu grandir, devenir un homme, et son père était mort. J’étais fort et accompagné, puisque nous avions ralliés à notre cause les quelques vampires errants du comté, et il avait besoin de nous, de ma protection. C’était aussi simple que cela. En échange, il suivait mes lois, les règles que j’imposais à sa descendance et aux hommes qui vivaient sur ses Terres. Un fils unique par génération, pas tant pour me simplifier la tâche que pour éviter les soucis de partage. J’avais connu les guerres et les drames irlandais, et me souvenais des partages imposés entre chaque enfant d’une même famille, je me souvenais de l’horreur et de la pauvreté, et de la famine.

    Je pourrais vous raconter bon nombre d’anecdotes sur cette époque, mais les moments les plus paisibles de ma mort n’ont jamais été les plus intéressants, et ils ont été si peu nombreux que je les garde pour moi, les protège jalousement. Ce qui doit être raconté, c’est la naissance du tout dernier Riagal. Le second de sa génération, celui qui donna à l’héritier un frère et à tous beaucoup trop d’ennuis. Samuel Faolàn Riagal.

    Si j’avais accordé ma protection, mes lois avaient été peu nombreuses et peu contraignantes, d’après moi. Un fils unique, les filles au couvent… Archaïque, certes, mais c’était beaucoup plus que beaucoup avaient, surtout depuis que les vampires étaient reconnus. Ils n’avaient qu’un enfant, mais celui-là avait la chance de vivre sans être inquiété. Il pouvait sortir la nuit, sans risquer sa vie, et si j’étais toujours présent, je passais plus de temps chez moi, à Annaghkeen, qu’à Claran où les Riagal s’étaient établis au début du 22ème siècle. J’ai toujours été un bon seigneur, et jusqu’alors, mes règles avaient été suivies, sans écart. Les rares fois où un deuxième fils était conçu, l’avortement était imposé, et l’unique fois où l’enfant avait vu le jour, c’est son père lui-même qui se chargea de lui donner la mort. Vers 2020, si je me souviens bien.

    Les choses n’auraient pas dû changer, tout simplement. Comme avec Cathal ou Liadan, comme lorsque je m’étais réfugié à Wexford. J’aurais aimé que les choses restent simples. Dites que je suis naïf, je vous répondrai que je suis idéaliste. C’est la même chose, mais je préfère cette façon de nommer le problème. Et cela ne change rien aux faits. J’avais failli, ils m’avaient trompés, elle m’avait trompée. Douce et belle Carys, si humaine, si fragile, si… idiote. Elle me faisait penser à Eimhear, dans sa façon de protéger cet enfant qui la faisait souffrir, au fond. Elle avait peur, de moi, de lui, de tout ce qui allait se passer. Elle était terrorisée, sublime, haïssable. Je pourrais encore l’affubler d’une multitude d’adjectifs, tous emplis de haine, de dégoût, d’amour et de culpabilité. Mais ce serait inutile. Au fond, elle a fait ce que toute mère digne de ce nom aurait fait, ce que beaucoup avant elle n’avaient pas fait. Elle s’est donnée pour son fils.

    Faolàn n’aurait pas dû naître donc. Pourtant, croyez-moi, si j’avais à choisir entre lui et son aîné… Pas que Ternoc soit un imbécile, il est même plutôt intelligent. Docile et un excellent administrateur. Mais je ne le trouve pas intéressant. Il n’est pas Faolàn. Et Faolàn n’est rien. Seulement voilà, non seulement je ne tue pas un enfant (quoique j’aurais pu faire une exception), mais en plus celui-ci est né un peu avant que le soleil ne se couche, et je n’eus pas le temps d’être conduit à Claran qu’on l’avait arraché à Carys et dissimulé dans l’église, où Eolas s’était enfermé avec lui et Ternoc. Abandonnant sa femme seule. Et le sang, tant de sang, trop de sang… Je crois que je ne voulais pas vraiment le tuer. Bien sûr, je brûlais d’envie de lui faire comprendre ses erreurs et de me venger de l’affront qui venait de m’être fait, mais tuer n’est pas un jeu. Surtout quand la proie ressemble tant à mon Eimhear.

    J’étais furieux. Tant par leur trahison que parce qu’il me l’avait laissée, elle, comme un appât pendant qu’ils se terraient dans la maison de Dieu. Quel homme abandonnerait ainsi sa femme ? La première nuit, je frappais comme un damné aux portes de l’église de bois, déclenchant la terreur des humains alentour. De toute façon, ils avaient toujours peur. La deuxième nuit, je laissais ma rage exploser, encore, et l’envie me prit, une seconde, de brûler cette satané église. Mais sans Riagal, qui aurais-je eu à diriger ? Qui aurait plié sous mes lois et compris que j’étais un bon seigneur ? Ma fureur ne servait à rien, et les miens avaient besoin de leur maître, Corb et Ardghal ne s’étaient pas privés pour me le faire remarquer, me connaissant suffisamment bien pour ne pas trop me craindre. Ils avaient utilisé le nom du héro, et les jours m’avaient calmé. Faolàn fut libéré de son église protectrice au bout d’une semaine, et je les ignorais, tous.

    Il fallut un mois avant que je retourne voir Eolas, et j’espère l’avoir alors assez accusé et menacé pour que sa frayeur ne l’abandonne jamais tout à fait. Pour les quelques uns qui, je le sais bien, ne manqueront pas de le plaindre et de me voir comme un monstre, songez à Carys, qu’il avait abandonné, se protégeant lui-même, laissant sa femme pour morte alors que quelques simples soins l’auraient sauvée. Finalement, les choses mises au clair, l’enfant trop vivant pour que je me permette de le tuer, à la fois par conviction, mais aussi parce que le peuple n’aurait pas aimé (et un seigneur à besoin de l’affection de ses sujets, si minime qu’elle soit), nous reprîmes une vie plus ou moins normal, si ce n’est que je reportais sur Eolas ce qu’il reprochait à son fils, à savoir la mort de sa mère. Comme si le garçon y pouvait grand-chose. Demandez à un enfant de choisir entre lui et sa mère, et il passera en second. C’est ce que j’aurais fait pour la mienne.

    Il y avait donc deux garçons. Et à moi de faire avec. A moi de surveiller ce dernier-né un peu délaissé, ayant perdu la seule personne qui l’avait réellement désiré. Je ne dirais pas qu’Eolas était un mauvais père, je n’avais de toute façon aucun modèle auquel le comparer. Mais Ternoc, un peu plus grand, se retrouvait seul au milieu d’une maison faites d’hommes idiots, régulièrement privé de l’attention de son père. Alors imaginez Faolàn. En plus de ma pitié, le garçon éveillait mon intérêt, et je me trouvais bien obligé de veiller à ce qu’il ne devienne ni trop gênant, ni trop mort. Je n’avais pas la possibilité de procréer, et pas la moindre envie, et je me retrouvais plus ou moins avec un enfant sur les bras. Je me méfiais, mais de loin, toujours, jusqu’à ce que, finalement, il se montre un peu plus intéressant.

    Il m’avait déjà vu plusieurs fois, assez régulièrement, même, mais sans jamais y prêter attention, trop occupé par ce qui se passait autour de lui, et trop humain pour remarquer mon comportement. J’étais un étranger dans la foule, rien de plus. Parfois chez lui, parfois à Headford, semblable à tous les autres dans l’obscurité. Puis je décidais d’être plus présent, de commencer à m’imposer auprès de lui, et les choses furent encore plus faciles que ce que j’avais imaginé. La religion à beau n’être pour moi qu’un culte sans grand intérêt, je dois avouer que la fascination des hommes pour les figures divines me sert plus qu’autre chose. L’enfant me pris donc pour un ange, comme son frère me l’appris quelques temps plus tard, lassé des fanfaronnades du jeune loup. Et peu à peu, je me rapprochais, lui imposant mes règles et mes idéaux, amusé de son attirance pour ce qu’il aurait haï s’il avait pu comprendre ce que j’étais.

    En même temps, alors que je me faisais plus accessible, il tentait de m’approcher, comme un animal vers lequel on tendrait la main, toujours un peu plus proche. L’enfant me plaisait. Ternoc bénéficiait de l’éducation qui ferait de lui un chef, un maire, et Faolàn devait apprendre, aussi. J’avoue que l’envie de l’avoir, à moi, d’en faire plus tard un compagnon comme Cathal, disciple et non amant (ne vous faites pas d’idées fausses, j’aurais choisi Ternoc, sinon), m'a quelques temps habité. Il aurait sans doute fait un bon vampire, s’il était resté comme alors. Mais voyez vous, les choses changent. Oui, encore. Et croyez bien que cela m’agace aussi.
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Torin Ó Loingsigh
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MessageSujet: Re: Torin Ó Loingsigh   Ven 18 Sep - 18:15

    Le premier changement fut l’envoi de Faolàn à Londres, pour ses études. Si l’idée de l’éloigner de nos terres était une bonne chose puisqu’il n’avait de toute façon pas sa place ici, ça n’était pas celle qui m’avait motivée. Faolàn était simplement invivable. Difficilement supportable pour moi, il était une plaie pour Ternoc, et Eolas, comme toujours, s’en moquait. Il avait bien fait quelques vaines remarques lorsque nous avions abordé le sujet, lâchant que « Samuel n’a jamais été un enfant facile » ou encore qu’il était jaloux de son frère, et avait fini par balayer les problèmes d’un haussement d’épaules.

    « Faites-en ce que vous voulez Tiarna. »

    Carys s’en était certainement retournée dans sa tombe, et après avoir un peu plus accablé le patriarche, toujours trop faible quoi qu’il entreprenne, j’avais confié à Corb la tâche de trouver une occupation au gamin, qu’il cesse de se servir de son frère comme punching-ball et de me voir comme l’autorité que son adolescence avait à renverser. Nous plaçâmes Faolàn à Londres, dans un appartement que j’avais utilisé les rares fois où je m’y étais rendu, et avions accordé à son aîné la gérance de ses finances et le contrôle du reste. Je n’avais ni le temps, ni l’envie de m’en occuper, Eolas s’en moquait très certainement et il se serait contenté d’accorder à son fils tout ce qu’il désirait sans même y prêter attention et Ternoc devait commencer à apprendre la tâche que son père finirait par lui abandonner, tôt ou tard.

    Nous étions tranquilles, enfin. Les humains s’occupaient de ce qui les concernait, gérant leur propre famille et me laissant la tâche qui avait toujours été mienne : Seigneur et protecteur. Ternoc me faisait régulièrement un rapport complet d’à peu près tout ce que faisait son frère, Faolàn rentrait chaque été et, de temps à autre, trouvant pour prétexte une chose à voir avec les vampires Londoniens (ce qui arrivait parfois, de toute façon), j’allais moi-même rendre visite à l’adolescent, l’interrogeant brièvement sur ses notes, sa santé, et lui rappelant que si elle s’était fait plus lointaine, mon autorité n’avait pas disparu. J’étais son seigneur, j’avais la responsabilité de sa vie (dont je n’avais pas voulu, sois dit en passant), et il me devait à peu près tout. Ce qu’il acceptait toujours, même grondant comme un chiot mécontent, incapable d’une autre rébellion que ses puériles provocations.

    Le temps passa donc, et lorsqu’il avait quelque chose à demander qui n’entrait pas dans le domaine des finances, Faolàn se tournait vers moi, inlassablement. Il me demanda ainsi de changer de filière, ce que je lui accordais sans une question. Les études de droit n’avaient été qu’une idée d’Eolas qui songeait qu’ainsi son cadet pourrait épauler Ternoc, ce qui aurait été avouons-le, un véritable massacre. Totalement contraire à ce qui était prévu d’ailleurs, mais il fallait bien qu’il étudie, alors j’avais laissé faire. Il s’était présenté, plus vraiment adolescent et pas tout à fait homme, et je l’avais autorisé à apprendre la médecine. Si ça l’amusait…

    Ensuite, il y eut cette histoire de moto. Il me réclama d’abord Aigéan, certain que je lui dirais non et qu’ainsi, il aurait une bonne raison pour demander son engin. Qu’il fasse, je la lui aurais accordée de toute façon. Je n’étais pas stupide, un refus n’aurait fait que repousser l’achat, il me l’aurait réclamé assez régulièrement et, surtout, je n’avais pas la moindre raison de le priver de sa moto. Qu’il s’amuse, ça ne durerait qu’un temps et une fois lassé, je lui ôterais son jouet d’une manière un peu plus subtile.

    C’est ainsi qu’il eut son premier et dernier accident. Je ne vous dirai pas que je n’en suis pas fier, les choses m’ont assez amusé, bien que je me sois peut être montré un peu trop convaincant. Peu importe, Faolàn n’aura plus de moto.

    Je m’étais rendu à Londres pour une raison X ou Y, principalement pour lui, sans doute, lassé des plaintes de son frère concernant la moto et le comportement de Faolàn, le jugeant comme toujours irresponsable et arrogant (ne me demandez pas ce qu’il y a d’arrogant, prononcez simplement « Faolàn » en face de Ternoc et ce sera sa première idée). J’avais donc décidé de lui faire passer ses envies de motard, évitant ainsi un nouveau drame de motard et qu’il se donne la mort. Je l’avais suivi un moment, avais même pris un peu d’avance sur lui et m’était purement et simplement avancé sur la route. Il roulait trop vite. Ça n’était pas grand-chose, et sans obstacle humain, ça n’était pas un problème. Faolàn m’aperçut sans me reconnaître, paniqua et dérapa, heurtant le trottoir d’en face.

    Il sentait le sang, avait peur, mal et était un peu sonné, mais il était vivant, suffisamment en tout cas pour se plaindre de l’état de sa moto alors que je le relevais à peine, et des frais que les réparations allaient engendrer.


    « Ca tombe mal… »

    C’était le cas de le dire. Je ravalais tout jeu de mot stupide et qui l’aurait de toute façon plus dérouté qu’autre chose, ne comprenant pas l’humour dont pourrait faire preuve son seigneur, et tâchais de le maintenir à peu près droit, le rassurant d’un sourire.

    « Je peux arranger ça. »

    « Oh… Merci. J’ai mal. »

    Je m’en doutais, mais ne parvenais pas à ressentir une once de compassion. Peut être parce que sa douleur m’était utile et qu’elle lui éviterait sans doute pire. Je nous fis reculer de quelques pas et raffermis mon emprise sur Faolàn. Saisissant l’arme à ma ceinture, un révolver quelconque, je tirais dans l’engin, prenant bien garde de ne pas tirer directement dans le réservoir. L’arme toujours en main et sans attendre qu’il comprenne, je lui cassais le nez, lui faisant oublier ses premières douleurs. Pas un cri, malgré l’envie visible qui le tenaillait.

    « Mais… »

    « Plus de frais, et le nez cassé est quelque chose qui plait aux filles, paraît-il. »

    Je souris et le portai vers mon hôtel tandis qu’il se plaignait de ses douleurs, cherchait à comprendre les raisons de ma venue et, finalement, s’inquiétait pour moi, encore.

    « J’aurais pu vous tuer… »

    Très certainement, s’il avait su combattre un vampire, m’avait brûlé, avait dispersé mes cendres… Il aurait sans doute pu finir par me tuer.

    « Oui. »

    « Plus de moto alors. »

    Je ne répondis pas, me contentant de sourire et de le tenir un peu plus contre moi pour qu’il soit mieux. Je le déposais sur mon lit et appelais l’hôpital le plus proche pour qu’ils se chargent de lui, avant de rentrer en Irlande. Ce fut le dernier incident notable. Avant Seena…


Seena____...
    Après cette histoire de moto donc, tout était redevenu calme, peut être même un peu trop. Les Riagal avaient continué à assumer la gérance de tout ce qui était bassement matériel et purement inintéressant : vente de terrain, tâches notariales de bases, ce genre de choses ; et moi et les miens nous étions chargés des quelques éternels de passage, leur expliquant les choses avec toute la diplomatie dont nous pouvions faire preuve avant de tuer si besoin était. On n’approche pas un chien avec un os, et Headford était pour moi un trésor à protéger. Bref, les choses suivaient leur cours. Ternoc prenait peu à peu la place de son père, ce qui n’était pas forcément plus mal, et Faolàn continuait ses études de médecine. Loin et donc un peu moins encombrant que d’ordinaire. Jusqu’à ce que son frère fasse des siennes.

    Nous lui avions choisi une épouse, puisqu’il était adulte et donc en âge d’être chargé de quelques responsabilités. Etant plus ou moins fils unique, et donc seul héritier possible, il était logique qu’il suive la ligne tracée plusieurs siècles avant sa naissance. Et je ne lui en demandais pas beaucoup : une femme et un garçon. Qu’il fasse ce qu’il voulait après, qu’il prenne autant d’amants qu’il le désirait (amants et non amantes, le masculin est volontaire), peu m’importait, au contraire, s’il ne touchait plus sa femme, nous éviterions d’autres problèmes comme son frère. Une tâche assez simple donc. J’avais ordonné et Eolas s’était chargé de choisir la future femme, Seena. Jolie, instruite et pas bien gênante, Ternoc se serait probablement entendu avec elle. S’il n’avait pas crié au scandale dès qu’une fille l’effleurait, bien sur.

    Seena était arrivée à Claran début décembre, pour que sa présence facilite les préparatifs. Faolàn l’avait rencontrée en décembre et les préparatifs avançaient assez bien quand Ternoc refusa, effrayé mais décidé, arguant que nous n’avions qu’à la marier à Faolàn. D’où le retour de l’enfant prodigue. Je pourrais vous expliquer longuement ce qui m’amena à accepter cette solution, mais ce serait inutile et mille fois trop long. Le résultat étant qu’empêcher Seena de pouvoir concevoir ne serait certainement pas trop dur, quelque soit la méthode employée, et finalement, les choses ne seraient pas plus mal ainsi. Le peu qu’ils s’étaient vus, Fao avait semblé apprécier la fille, et si elle ne pouvait lui donner d’enfant, les choses finiraient doucement par s’arranger, et il ne restait que la manière de la rendre stérile à étudier.

    Seena fut donc promise à Faolàn, sans une protestation de sa part, et l’exilé revint ses études à peine finies, pour que les préparatifs reprennent assez rapidement et efficacement.

    Je ne vous raconterai pas le mariage. D’une part, parce que je connais trop bien ce genre de massacre pour croire ne serait-ce qu’une seconde que sa description pourrait vous apporter quoi que ce soit, d’autre part parce que je n’y étais pas. Leur répétition ne m’intéressait pas vraiment, bien conscient que Faolàn était de toute façon trop fier pour laisser son mariage être imparfait, et j’avais mieux à faire avec une vieille connaissance de passage à Annaghkeen, ma propre chasse et des affaires à voir avec Ardghal. Je m’y serais peut être rendu plus tard, pendant le banquet, mais en attendant, Corb était sur place, et je n’avais pas lieu de m’inquiéter. Corb était sensé être un de mes plus fidèles compagnons, ayant quitté Dublin avec moi, comme Ardghal. Mais je suppose que le temps ne change pas grand-chose, et que l’admiration finit toujours par se faire envie.

    Je ne vous dirai pas non plus comment il s’est débrouillé pour monter cette mascarade, parce que ce seraient pures conjectures de ma part. Ce qui était sur, c’est que ça n’était pas décidé de la veille et qu’il n’était pas seul. Il avait fait les choses bien, réellement. Ça n’aurait pas été pour tuer mes humains, détruire celui qui m’intéressait le plus pour tenter de me défaire, je l’aurais certainement complimenté. Mais la trahison n’a jamais été la faute que je préfère, et j’ai souvent du mal à pardonner. Pour ne pas dire toujours. Je n’ai pas besoin de pardonner, j’ai l’éternité pour oublier.

    Je sus trop tard, et mon impuissance m’insupporte aujourd’hui encore. Rien n’allait, encore une fois. Mais ce soir, les choses avaient pris une toute nouvelle importance, puisque plus que Faolàn, j’étais la cible de cette histoire. Lorsque l’on dirige, les choses sont simples. Quoique l’on fasse, il faut se faire apprécier du peuple, au moins un minimum, pour qu’il reste silencieux et docile. Il faut imposer le respect aux opposants, s’arranger pour que toutes vos décisions semblent, à défaut de l’être, justes. C’est le principe de toute hiérarchie, et si ces quelques règles ne sont pas appliquées, c’est l’insurrection. Comme les dizaines de révoltes auxquelles j’avais participé, comme la poignée de guerres dont j’avais été témoin. Corb avait participé aux Pâques Sanglantes, il le savait aussi.

    J’aurais pu me protéger derrière cette trahison, exécuter l’homme (ou le vampire) publiquement, et ses compagnons avec, qu’ils soient conscient de leur acte ou non. Car je ne doutais pas que la plupart de ceux qui l’avaient suivis avaient bêtement cru obéir à mes ordres, sachant qu’il avait ma confiance et qu’il était proche de moi. Mais un seigneur, irlandais de surcroît, ne montre jamais ses faiblesses, où, une fois encore, c’est l’insurrection. Il ne faut pas beaucoup au peuple pour se soulever. Je n’avais donc pas nié lorsque l’on m’avait accusé, me contentant d’ignorer les piaillements humains pour me concentrer sur ce qui était plus important : empêcher Corb d’avoir ce qu’il voulait, à savoir ma tête. Il pensait, à juste titre que Faolàn était celui avec lequel les choses seraient les plus dures. Les gens l’aimaient, il avait mon intérêt, ma protection et ma haine à la fois. Il savait que le garçon me provoquerait et était certain que les choses s’envenimeraient. Soit je tuerais Faolàn, compliquant les choses, soit je serais trop faible pour trouver la bonne solution.

    Attendant que Faolàn ne vienne, donc, je ne fis rien. Rien du tout. Pas la moindre explication, pas le moindre ordre, ni excuse ni pardon, ni mort ni quoi que ce soit d’autre. Ne croyez pas non plus que je restais immobile ou cloitré le temps que les choses se tassent. Ça non plus ne fut pas au programme. Je chassais, dormais, comme s’il n’y avait jamais rien eu, ignorant la présence de Corb comme avant, n’acceptant que le regard intrigué d’Ardghal, pas vraiment inquiet ou inquisiteur. Il s’interrogeait donc, m’étudiait, comme toujours, et je savais qu’il n’attendait qu’un signal pour m’épauler. Un signal qui attendit quinze jours. Mais l’affrontement avec Faolàn ne prit que deux nuits.

    Lorsqu’il arriva, Corb était déjà quelques peu à l’écart, méfiant et observateur. Il n’y avait dans la demeure principale qu’Ardghal et moi, certains chassant, d’autres s’étant éloignés, peu désireux de se mêler des affaires de leur seigneur. Les choses étaient habituelles. Ardghal ouvrit pour moi, et j’entendis la colère de Faolàn avant qu’il n’entre, m’arrachant un sourire. Un pied posé dans le salon, il saisit la première chose qui lui passait sous la main et la lança. Je la rattrapai, imperturbable, et le saluai, levant à peine les yeux du livre de comptes dans lequel j’étais plongé.


    « C’est tout ? »

    « C’est un début. »

    J’avais décidé de rester calme, impassible, monstrueusement normal. Ne pas nier, ne pas avouer. Ne pas rejeter la faute sur le véritable coupable, ne pas se dénoncer une seule fois. Un nouvel objet vola que j’arrêtai, encore, laissant Faolàn geindre et crier, violent et perturbé.

    « Laissez nous tranquille, nous n’avons pas besoin de votre enfer ! »

    J’étouffai un rire moqueur et refermai mon livre, sans me lever pour autant, vaguement souriant. Il s’énerva encore, s’approcha, lança le livre loin de nous et me frappa sans que je ne réagisse aussitôt. Il n’avait pas la moindre force, et ses poings nus pas d’impact. Je montrai les crocs, vieille habitude, et il redoubla d’efforts. D’un geste, je l’écartai, me levant, lassé.

    « Effacez le passé je sais pas mais débrouillez vous. »

    Il me fusilla du regard et cracha encore

    « Tout est de votre faute anyway ! »

    Hum. Je ne voudrais pas couper inutilement le récit passionnant des colères de Faolàn, encore moins me croire martyr, ce serait idiot. Mais il faut bien avouer que cette manie de toujours m’accuser, ça en devient agaçant. Je souris, las, et il reprit

    « Ne niez pas. »

    J’obéis, n’en ayant pas l’intention, et il continua, furieux, effrayé, humain. Terriblement humain et faible. Pitoyable. J’ai toujours détesté ce genre de sentiment, la pitié, qui me pousse à briser mes règles, à me mettre en danger. Et Faolàn mettait ma patience à mal, inconscient de la difficulté que j’avais à ne pas le tuer pour qu’il se taise. Il m’accusa de lui en vouloir, je répliquai qu’il ne m’intéressait pas suffisamment pour ça.

    « Vous me détestez, vous voulez me rendre fou. Je crois que vous avez réussi. »

    Son ton, beaucoup trop calme, m’arracha un soupir et je m’autorisai à mettre fin à la discussion.

    « Oublie l’Irlande. »

    « Je ne veux pas. L’Irlande est tout ce qu’il me reste, ne m’enlevez pas ça aussi. Je vous tuerai. »

    Je ne réagis pas, peu impressionné, et me fis plus explicite, lui interdisant le sol Irlandais, le faisant jurer, en appelant à son honneur.

    « Je jure de ne revenir en Irlande que pour vous tuer ou mourir. »

    Je soupirai, le congédiai et confiait le reste à Ternoc, me moquant des mots d’Eolas, n’ayant à l’esprit que ma vengeance personnelle qui m’apparaissait de plus en plus claire. Je pourrais écrire encore sur les dernières années, sur la traque d’Ardghal, Feren, Fergal et la mienne, sur la mort de Corb et tous les autres, innocents ou non. Mais mes histoires personnelles ne vous intéressent pas. Quant a Seena… disons simplement que j’ai rendu sa mort plus courte
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MessageSujet: Re: Torin Ó Loingsigh   Ven 18 Sep - 18:18

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Torin Ó Loingsigh

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